Amérique Latine : Des « gauches » renaissantes
Des « gauches » renaissantes ou des gauches liquéfiées ?
Par Cristina Castello
D’après le regard de George W. Bush, l’Amérique Latine est possédée par le démon à cause des « gauches ». S’agit-il des « gauches » ou seulement en est-il des voix qui s’opposent à la « mondialisation » au nom de laquelle on tue aussi bien vies que rêves ? S’agit-il de « gauches », ou n’est-ce avec l’excuse de vivre, que résistance spirituelle envers tout ce pour lequel nous mourons ?
Et le néo-libéralisme, tout en continuant à gagner du terrain, jusqu’en Europe, s’est propagé à l’ensemble de l’Amérique du sud avec l’Argentine comme pionnière, par la main de son président Carlos Menem.
Dans ce cadre, les soi-disantes « gauches » latino-américaines nous renvoient à une première réflexion : le Pouvoir. Peut-il exister un gouvernement s’il n’y a pas le Pouvoir ? Peut-il exister des gauches si les maîtres du monde restent toujours les mêmes ? That is the question.

De pulls, littératures, caipirinia et grillades
Qui sont donc ces leaders de la dite gauche latino-américaine ? Voilà quatre cas, les plus remarquables.

D’origine modeste, son dernier record pour des élections fut le 63% qu’il a obtenu lors du scrutin de décembre 2006. Bien qu’il ait toujours manifesté sa passion pour la littérature, particulièrement les contes et autres pièces de théâtre, Chávez a toujours suivi sa vocation politique et militaire. Il a traité Bush de « criminel de guerre » et il est resté fidèle à lui-même, s’opposant toujours au néo-libéralisme. En cela est-ce la gauche ou bien un « nationalisme » (mais non pas nazisme) ? Voilà un cas d’entre les cas que cet Hugo Chávez là. Passons au suivant……
Evo Morales, d’origine aymará, est le Président indigène de la Bolivie depuis janvier 2006. Il a décrété la nationalisation des hydrocarbures et a, entre autres détails, confisqué biens et propriétés de Petrobras et Repsol. « Le pillage de nos ressources naturelles de la part des entreprises étrangères : c’est fini », a-t-il déclaré, sans veste ni cravate.
En pull aux réunions protocolaires et/ou de cabinet, il revalorise les identités culturelles, fidèle aux principes du MAS (Movimiento al socialismo) qu’il a fondé et dont ont surgit de nombreuses organisations sociales tournées vers le haut. C’est pour cela que dans le pays le plus pauvre d’Amérique Latine, quarante autres nations indigènes se sentent appartenir à ce gouvernement. Et oui ! Mais… Evo est-il de gauche ou est-il la voix de l’Amérique indienne qui clame sa revendication d’en être ? … au suivant…
Pourtant, alors même qu’on fêtait toujours la victoire, le « communiste » Lula, au rythme de la caipirinia, désigna-t-il Monsieur Henrique Meirelles – homme de droite, aimé des grands capitaux – président de la Banque Centrale du Brésil (« Banco Central do Brasil »). Lula dit qu’il est devenu pragmatique : sa politique financière est néolibérale, de même que sa politique tributaire et fiscale ; et comme il file l’amour avec le FMI, il liquide par anticipation le payement de la dette. Alors……Lula, est-il de gauche ou est-il un autre ex-progressiste, obnubilé par le grand Pouvoir ? To be or not to be ?
Passons à un autre « cas » de la prétendue gauche latino-américaine…
Celui de Néstor Kirchner, président de l’Argentine depuis mai 2003, qui sait si bien jouer autant avec Dieu qu’avec le Diable. À travers son discours, il veut gagner le secteur progressiste, mais, de même que Lula, il règle d’avance le payement de la dette extérieure – illégitime – de son pays car « l’établissement financier » américain lui fait confiance, en voilà même en cela sa meilleure définition. Alors que le chômage et le niveau de vie – de vie ? – s’opposent aux statistiques données par le gouvernement quand opulence et misère cohabitent dans le pays du sud.
« Argentine, un hectare pour un hamburger….. », fut le titre d’un article de Jorge Marirrogriga dans le journal « El País » (« Le Pays ») de Madrid, le 5 février 2007. Et oui ! Ce redécoupage de la patrie de Borges, Gardel et Maradona, touche les 300.000 kilomètres carrés de terrains publics et privés dont les grands acquéreurs sont des sociétés fantômes aux sièges dans des paradis fiscaux.
En fait, le plus grand propriétaire du pays est « Benetton », qui a presque 10.000 kilomètres carrés de la superficie argentine dans ses poches. Et cela n’est pas le seul cas.
Les plus de 36 millions d’hectares de la « Puna de Atacama », riches en peintures rupestres et pétroglyphes de ses premiers habitants, sont en vente sur Internet, à travers la société immobilière « Serrano ».
Et si l’on se hâte pour approuver la loi qui crée le « Jour National des Grillades » (sic), il n’y a, par contre, aucun empressement ou précipitation qui règle cette situation et les projets législatifs à ce sujet dorment dans les cartons. Est-ce cela la gauche ?
« Paquito el chocolatero » ou la voix des peuples ?
That is the question.
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