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« Sous le signe de la poésie » Nadine Lefebure & André Chenet

Publié le par Cristina Castello

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« Qui donc, éveillé, vertical
  et sans le moindre signe du ciel
qui donc se dresse au cœur de la parole

 au centre du verbe ? »

Nadine Lefebure

 


« Ce n'est que très récemment que j'ai pris connaissance de la poésie de Nadine Lefebure. Son nom, son œuvre m'étaient complètement inconnus. Je ne savais rien d'elle bien que depuis l'adolescence je ne cesse d'en revenir, peut-être pour reprendre des forces lorsque je sens qu'elles m'abandonnent, au foyer incandescent qu'ont allumé les poètes surréalistes. J'ai lu, comme j'ai rarement lu, les poèmes de Nadine, et suis resté définitivement subjugué par le rythme hallucinatoire et lucide de sa langue en partance vers les tempêtes créatrices d'harmonies.
Elle met en pièces les frontières factices, met le cap à toute allure vers les terrae incognitae de l'imaginaire où les utopies font corps avec la réalité éprouvée, sensible. Un lyrisme, qui n'est rien de moins que celui des vagues de la mer dans tous ces états ou celui des grands incendies de forêt, bouleverse tous nos repères illusoires, nos conditionnements dramatiques. La poésie se fait synonyme d'une révolution vitale, eau de jouvence déferlant au-delà de la mémoire historique, lorsque l'amour ne subsiste plus qu'en tant que point d'interrogation suprême ».
André Chenet

 

 

 

« J'avais vingt ans en mille neuf cent quarante »

Nadine Lefebure

 

 

 

 « Sous le signe de la poésie » : Cristina Castello & André Chenet accueillent Nadine Lefebure à la

Maison de l'Amérique latine- Paris VIIème, 08/10/2012


 

Très jeune, Nadine Lefebure a commencé a publier ses premiers textes dans la revue d'avant-garde "dadaïsante" Les réverbères et elle est une des fondatrices avec Jean-François Chabrun, Noël Arnaud, Christian Dotremont, Robert Rius et bien d'autres, de la légendaire revue surréaliste La Main à Plume:


« En 1941, alors qu'André Breton et de nombreux surréalistes sont en exil en Amérique, une poignée de jeunes gens décident à Paris de se réunir dans le but de maintenir le surréalisme en France occupée. En référence au vers de Rimbaud ("La Main à Plume vaut la main à charrue"), le groupe se baptise La Main à plume et affiche ainsi sa volonté d'insoumission aux pouvoirs en place. L'opposition ne sera pas qu'intellectuelle et cette génération des «20 ans en l'an 40» payera un lourd tribut à la lutte armée. Sur la vingtaine de ses membres, huit ne connurent pas la fin de la guerre. La Main à plume eut parfois une intransigeance et une fougue juvéniles. Mais elle fut l'expression d'une jeunesse radicalisée qui se réfugia dans les manifestes du surréalisme d'André Breton, pour se tenir « aussi loin de Péguy et d'Aragon qu'elle l'est de M. Drieu La Rochelle » (Jean Simonpoli, 1943).

Commencée et terminée durant la guerre, l'aventure de La Main à plume permit au surréalisme de survivre, de faire la jonction entre deux époques. En quatre années d'existence, le groupe parvint même à éditer, dans une semi-clandestinité, une dizaine de publications collectives et une trentaine de plaquettes individuelles. Plus de soixante ans après, cette anthologie rassemble pour la première fois quelques-uns de ces textes, poèmes et illustrations. Issus de brochures devenues rarissimes, ces écrits, produits dans des conditions difficiles, nous révèlent toute l'ampleur d'un travail poétique et théorique original, traversé par de nombreuses réflexions nouvelles. » (Extrait de la présentation de « La Main à plume, Anthologie du surréalisme sous l'occupation », Éditions Syllepse, 2008).


Huit de ses membres moururent sous les balles nazies ou dans les camps : Tita déportée et morte à Auschwitz, Hans Schoenhoff emprisonné pour fait de résistance à la la prison du Cherche-Midi, déporté et mort à Auschwitz, Jean-Pierre Mulotte abattu sur le pont d'Austerlitz à Paris, Jean-Claude Diamant Berger, parachuté par les FEL et mort en Normandie, Marc Patin mort d'une pneumonie à l'hôpital en Allemagne.


Sous l'impulsion de Robert Rius le directeur des Cahiers de poésie, Jean Simonpoli et un jeune poète de 17 ans issu des Feuillets du Quatre-Vingt et Un, Marco Ménégoz, constituent un maquis en juin 1944 en forêt de Fontainebleau. Ils sont arrêtés le 4 juillet 1944 sur dénonciation. Emprisonnés et torturés, refusant de parler, ils seront fusillés dans la plaine de Chanfroy le 21 juillet avec 20 autres résistants (Réf. / Wikipedia : La Main à Plume). 

 

Nadine Lefebure est aujourd'hui l'unique survivante de ce groupe dont elle conserve précieusement les archives. 

Après des études de philosophie à la Sorbonne sous la direction de Bachelard, elle participa au mouvement surréaliste La Main à Plume sous l’Occupation, réalisa la mise en scène du Chemin de Damas de Strinberg en 1949, joué pour la première fois en France, et interpréta ses premières pièces radiophoniques au Club d’Essai du poète Jean Tardieu.

 

Nadine Lefebure a publié, entre autres ouvrages : Partances (1953 édit. Caractères,) ensemble de poésie en prose ; des romans, Les Portes de Rome, Les Sources de la Mer (Gallimard), et Le Chemin de Lato (Jean-Jacques Pauvert), et quelques ouvrages documentaires.
Producteur à la radio (France Culture) elle écrit une cinquantaine de pièces, puis fera des centaines d’émissions :


Histoire de la découverte du monde, Histoire de l’Inde, Histoire des Sciences, grands anniversaires. (ex : Gandhi, Jacques Cartier, Lapérouse, Kipling, etc.). Tous ces travaux sont entrecoupés de voyages – Afrique, Inde – et surtout de navigations à voile qui l’entraînent des îles grecques en Manche, des Antilles au Canada, et jusqu’au Groenland.


Désormais, Nadine Lefebure consacre son temps à la mise au point de divers manuscrits dans lesquels prose classique et images surréalistes vont de concert former poésies, nouvelles, ou romans.
Elle continue à donner des conférences, participe à des rencontres de poésie et va prochainement tenir un des rôles principaux dans une pièce de théâtre adaptée d'un livre d'Henri Michaux, mise
en scène par Christian Deudon.


Son premier livre Contes de l'Air et de l'Eau fut publié en 1942 (Main à Plume Éd.).

*Derniers ouvrages de poésie publiés : 

« De l’Hier au Demain », (éd. Le Petit Véhicule, 2011), choix de poèmes des années 40 au troisième millénaire : Plain - chants (éd. Le Petit Véhicule, 2012).

******

 

Ce poème de Nadine Lefebure, ouvre le recueil « De l’Hier au Demain » paru aux éditions Le Petit Véhicule en 2011, et publié dans le numéro 5 de la revue de poésie La Voix des Autres.

 

©Œuvre Paul Klee

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