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Rodrigo Verdugo Pizarro, la lumière de l’ombre

Publié le par Cristina Castello

guillermo kuitka

 

Rodrigo Verdugo Pizarro, la lumière de l’ombre

 

 

Seizième Annonce


Nous arrivâmes à la ville redoutable

Où les agneaux se balançaient sur des fils de fer

Des patrouilles de langues faisaient leur ronde, vieillards chauves aux capes noires

C’était notre place de toujours, notre chambre était dans un ascenseur

Après avoir vérifié chaque recoin, échafaudé certaines allusions

Nous allumâmes des cierges pour le cadavre de la distance.

Nous vînmes pour nous coucher, copuler, quelqu’un bougea le levier

Et nous descendîmes dans le souterrain, les murs étaient différents,

Étaient couverts d’étagères,

Qui à leur tour étaient couvertes de tubes à essai sales et vides

Par une fente, on entendait des cris, on voyait l’ombre d’agneaux qui se balançaient

L’intermittence de ces patrouilles de langues était dans nos bouches et dans ton vagin.

De notre chambre sortaient des allusions à la pierre et à l’eau,

Elles parvenaient dans tous les recoins de la ville.

Je vis tout de toi et tu n’étais que l’innocence de l’éclair sur le lit

Rien d’autre que la grande obscurité d’un parc,

Viens te dis-je, ô viens oiseau, avant que la hauteur ne soit étranglée,

Viens à moi, me dis-tu, parce qu’après que nous nous serons aimés, les nuages

                                                                              [comprendront la déchirure.

Quelqu’un bougea le levier, nous remontâmes, tu vis tout de moi

La grande obscurité d’un parc et moi bâillonné sur la table utérine

Tu vis celui qui voulait partir, comment le suivaient ces vagues

Qu’étaient les charpentiers dorés,

Comment elles lui offraient d’être vu sous tous les angles à la fois,

Pour qu’il puisse ainsi préserver mémoire et extinction comme deux vases distincts.

Tu vis celui qui voulait revenir, comment les vagues éclataient

Et sur le chemin il rencontrait des nids insaisissables, des portes et des tatouages,

La grande obscurité d’un parc, mémoire et extinction sur la table utérine,

Pendant que le sang prenait notre mesure.

Nous arrivâmes à la ville redoutable, vite à notre place de toujours,

Nous arrivâmes pour nous coucher, copuler, voir tout de nous,

Ces allusions qui sortaient de la mer,

Parce que la mer était la veille* de nos corps.

Et leur tour arrivait, eux qui nous apportaient sur des plateaux ces têtes d’agneaux

Têtes vertigineuses, sans doute,

Goûtez à ce sang, entendait-on par les fentes

Parce que chaque fois que quelqu’un le fait le tourbillon se signe

Essayez de placer cette tête d’agneau sur le cadavre de la distance,

Mêlez ce sang au vôtre,

Disaient les vieillards chauves aux capes noires

Pendant qu’on agit à nouveau sur le levier, les murailles changent à nouveau

Par les fentes on entendait comment respirait le brouillard,

Comme si le résultat en était des pierres et des eaux,

Le même que celui de nos corps quand ils dorment

Vous saurez, ô homme et femme, comment revenir tant

De l’ange qui griffe le fond de la mer

Que de l’innocence de l’éclair,

Ah en définitive de la grande obscurité d’un parc

Vous saurez comment bouger le levier en votre faveur,

Peut-être vos corps ne reviennent-ils pas ensemble,

Juste quand les fissures pardonnent ce qui se passe dedans les nuages

Et que les allusions encerclent par les quatre côtés la ville redoutable.

                                              Rodrigo Verdugo Pizarro

                                                

* En espagnol, víspera, au sens de « le jour qui précède », « la veille·. Nous sommes conscient que dans ce vers le mot « veille » est ambigu, mais toute périphrase — « le jour qui précède nos corps » — ou idée proche — « les prémices de nos corps » — créerait d’autres ambiguïtés, tout en alourdissant le vers. Nous avons donc préféré garder la fluidité du vers, assortie de la présente note.

 

Traduction du castillan (Chili) : Pedro Vianna 

 

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Rodrigo Verdugo Pizarro

 

 

Rodrigo Verdugo Pizarro (Chili), l’un des plus grands poètes de la poésie latino-américaine actuelle. « Seizième Annonce », c’est l’un de ses poèmes, publié à la revue « La Voix des Autres » nº 5 : « Dans les maquis de la poésie »  

© Rodrigo Verdugo Pizarro, revue « La Voix des Autres » et Pedro Vianna pour la traduction

©Œuvre de Guillermo Kuitka


 

 

 

Commenter cet article

lamber Sav 07/07/2012 10:15


très beau texte mais surtout très belle peinture, de qui est elle ? 

Cristina Castello 10/07/2012 03:14



Ami,


Tout en bas du poème, vous trouverez le nom du peintre :


©Œuvre de Guillermo Kuitka


Poétiquement vôtre,


Cristina


 http://www.cristinacastello.com