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Préface de Thiago de Mello pour « Orage », de Cristina Castello

Publié le par Cristina Castello

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Je revoyais déjà les dernières épreuves de Poetas da América de Canto Castelhano[1], lorsque m’est parvenue la poésie de Cristina Castello : la meilleure récompense de mon travail persévérant depuis de longues années en vue d’achever la première anthologie publiée au Brésil de poètes de tous les pays de l’Amérique latine. Poètes que je porte dans mon cœur.

La même ferveur amoureuse avec laquelle j’ai traduit Rubén Darío, Pablo Neruda, Gabriela Mistral, Jorge Luis Borges, Nicolás Guillén, Alfonsina Storni, Jorge Adoum, Mario Benedetti, l’œuvre complète de César Vallejo, grandit heureuse quand je commence à faire naître dans la langue de mon peuple[2] les décasyllabes parfaits de Jazmines y Verdugos[3], dont la sonorité profonde se blottit dans le silence nocturne de ma forêt.

           Um pelotão de verdugos persegue

           os jasmins que dançam com a brisa.

           Libaneses, palestinos. Humanos.

           Nas suas pálpebras os seus sóis se apagam,

           Horizontes cortados com tesouras[4].

Inventrice d’une langue poétique construite de talent et d’ardeur, d’une beauté émouvante, Cristina met à genoux la férocité aveugle qui prétend annihiler la beauté de la condition humaine. Avec ses métaphores troublantes, ce n’est plus la graine qu’elle plante, mais bien le grand arbre de l’espérance et la certitude que l’amour triomphera, peu importe quand. La poésie de Cristina fonde la vérité, comme nous l’a appris Hölderlin[5].

Dans le matin amazonien brillent les écailles émaillées du fleuve de mon enfance. Face à elles, accoudé au parapet de vieil acajou, je lis à voix haute des vers d’Orage. Un livre dont la splendeur me dévoile des recoins où se nichent des mots étoilés, me conduit dans les souterrains secrets du royaume de la Poésie, d’où se dressent des poèmes de braise et de rosée pour laver la noirceur du monde.

Orage réclamerait un texte savant, de grande profondeur, une profondeur de celles où se promènent des poissons des fabliers, des aveugles qui déchiffrent des sortilèges. Ce que je t’offre ici, Cristina Castello, ce sont les mots d’un poète qui te sait gré du bonheur ineffable que me procure ce livre, édifié par ton don créateur avec la beauté d’une permanence incessante, métal qui chante. A joy forever[6].

Poète Cristina Castello, les oiseaux de la forêt, joyeux, chantent ton nom.

Traduit du portugais (Brésil) par Pedro Vianna



[1] Littéralement : Poètes de l’Amérique au chant castillan.

[2] Il s’agit du portugais (Brésil).

[3] Jasmins et bourreaux.

[4] Un peloton de bourreaux poursuit / les jasmins qui dansent avec la brise / Libanais, Palestiniens, Humains. / Les soleils se meurent sur leurs paupières / Leurs horizons sont tranchés aux ciseaux. Cf. l’ensemble du poème en pp. 18 (espagnol) et 19 (français).

[5] Allusion au dernier vers du poème Andenken (Souvenir) de Friederich Hölderlin : Was belitbet aber, stiften dier Dichter (Mais la demeure est œuvre des poètes). Nous faisons appel ici à la traduction de François Garrigue (Hölderlin, Friederich ; Œuvre poétique complète, édition bilingue, Éditions de La Différence, Paris, 2005). D’ailleurs, F. Garrigue, dans son introduction à cet ouvrage rapproche ces vers de ceux qui terminent la première version du long hymne Patmos : Wir haben gedienet der Muter Erd / Und haben jüngst dem Sonnenlichte gedient, / Unwissend, der Vater aber liebt, / Der über allen waltet, / Am meisten, Daß gepfleget werde / Der veste Buchstab, und bestehendes gut / Gedeutet. Dem folgt deutscher Gesang. En français : Nous avons servi la Terre-Mère / Et naguère servi le Jour du Soleil, / Ignorants, mais le Père aime, / Lui qui règne sur tout, / Avant tout que l’on cultive / La lettre ferme et que soit bien ce qui demeure / Interprété. Voie d’un chant allemand.

[6] Cf. John Keats : Endymion, livre I : A thing of beauty is a joy forever (Un bel objet est une joie pour toujours).

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