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Poésie dont acte

Publié le par Cristina Castello

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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"Toujours ce qu’il reste de feu contre le froid de l’épreuve, et ce que l’on peut percevoir de floraisons futures." Nathalie Riera

"... Tu dispenses une liberté fiévreuse et claire pour tous ceux qui l'ont perdues. Tu réenchantes nos nuits avec l'innocence urgente d'un appel de coucou invisible à la lisière des bois..."  A. Chenet, extrait d'une lettre à Nathalie Riera.

 

Dans la nuit du 15 au 16 juin, Nathalie Riera, poète et créatrice de la revue "Les carnets  d'Eucharis", son compagnon et son enfant ont été victimes du déluge meurtrier qui s'est abattu sur le département du Var. Leur modeste demeure a été inondée par des flots de boue, les animaux de la ferme ont été noyés , le potager vivrier dévasté. In extremis, ils ont pu se réfugier sur le toit de "leur cabane" avec leur chien. Un hélicoptère les a secourus dans la nuit. Vers 8h du matin, le 16 juin, j'ai parlé au téléphone avec Nathalie qui n'avait pas dormi: elle m'a raconté sa nuit cauchemardesque où a été englouti par les flots noirs tout ce qu'elle avait bâti avec les siens, ces dernier mois: un petit paradis très modeste qui leur donnait tout juste ce qu'il faut pour subsister pourvu que l'amour et la poésie fassent se lever les jours et emperlent les nuits d'une beauté sans pareille. Sa voix avait la gravité de ces êtres qui n'ont plus rien à perdre puisqu'ils ont déjà tout perdu, hormis la vie. Tous ses écrits, son ordinateur, ses archives ont été recouvert, effacé par la boue. Elle me demandait juste d'avertir ses amis et lecteurs que la revue ne paraîtrait sans doute plus avant longtemps, que pour un temps indéterminé elle resterait injoignable. Le ton de cette voix tellement tendue exprimait un courage extraordinaire. Malgré le désastre, Nathalie tenait bon, elle se tenait au-delà du désespoir qu'elle était en train de traverser. Femme, sublimement femme et mère prête à combattre pour redresser son foyer, redonner à sa tribu le courage de surmonter cette "épreuve du destin". Tandis qu'elle me décrivait les visions d'un pays submergé par une sorte d'apocalypse liquide, j'ai soudain éprouvé une joie intense, une joie folle: elle était sauve, elle, avec son fils et l'homme qu'elle aime.

Nathalie Riera s'est entièrement dédiée, à travers ses actes, ses écrits et son travail (elle anime des ateliers d'écriture à la Maison d'arrêt d'Aix-en-Provence) à la poésie, à l'art et à la littérature dans la mesure où ces disciplines en perpétuels mouvements nous prodiguent, sans doute mieux que n'importe quel apprentissage théorique ou moral, la conscience illimitée de notre liberté que ce soit dans le partage intense d'un commun vécu, ou le recueillement et la méditation. L'accomplissement de l'art, quelles que  soient les formes adoptées, est pour elle une mise en oeuvre de la solidarité humaine, la plus haute peut-être si l'artiste ne se contente pas de s'exposer lui-même, de parader mais de "faire passer" les signes essentiels capables de changer et de faire évoluer la condition humaine. Chacun de ses "Carnets", composés dans l'amour de l'ouvrage à accomplir, ouvrent des horizons fabuleux sur ce qui me semble être la seule conquête digne d'un être humain: la Clairvoyance. Et pour cela, il faut y mettre tout son coeur et toute sa sensibilité. Là où l'intellect livré à lui-même divise et subvertit tout ce qu'il élabore et dissèque, là où la raison faisant fi de tout sentiment à force de se vouloir objective,fige le vivant, il ne subsiste que ruines et désolation, toute l'Histoire humaine nous le démontre. Ce n'est certainement pas par hasard que Nathalie a intitulé "ClairVision" un de ses récents recueils où elle célèbre la ténuité sensitive de ses rapports au monde en relation immédiate avec la beauté exclusive d'instants que la plupart des personnes dites civilisées ne sont plus capables de percevoir. En ce sens, elle nous ramène à nos origines vitales, là où les artifices de la création épousent les courants infiniment variés de toutes les formes de vie.

Maintenant, dans l'urgence qui s'impose, j'en appelle d'abord à la solidarité de tous ceux qui ont fait de la poésie leur lieu de naissance véritable, axe des métamorphoses par où opère la magie propitiatoire des mots et des images, ceux pour qui la poésie est le terrain d'action d'êtres pensant au bien de tous, j'en appelle à vous, femmes et hommes pour qui la générosité n'est pas le caillou que l'on jette vers le ciel. Aujourd'hui, Nathalie n'a même plus de voiture pour se déplacer (elle vit dans la campagne, à l'écart des villes). Je propose que nous lui envoyons tous un chèque à son nom, chacun selon ses moyens, à l'adresse:

 

 

 

Nathalie Riera

 

 

 

L'Olivier d'Argens

 

 

 

BP 44

 

 

 

Chemin de l'Iscle

 

 

 

83 520 Roquebrune s/ Argens

Pour envoyer des colis:

Mme & Mr Tesenti
pour Nathalie Riera
"Les Mimosas"
83 480 Puget s/ Argens

Elle et sa famille ne pourrons pas réintégrer leur maison avant septembre. Il devront faire un emprunt pour pouvoir tenir bon d'autant plus que les assurances rechignent déjà, et dans le meileur des cas ne verseront que des miettes par rapport à ce qu'ils ont perdu. Merci à tous

 

André Chenet

 

 

 

 

 

 

 

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Un poème de Nathalie:http://lescarnetsdeucharis.hautetfort.com/

 

 

 

In una frazione di tempo


ritrovare cuore
nell'immensità

Chi vi ha parlato di morte ?


giardiniere il destino

senza ornamento
parlare che vuole dire
non oscura mai l'aria

questo è sempre al di là della poesia
al di là della vita
a più lontana


non ho trattenuto niente

 

 

 

***

 



 

 

I ruscelli sono pacifici
senza fuoco senza sale

cerco la parola giusta

della tua voce
avvivo le mie dita
ti avvicino

l'acqua alla luce di ciò che non resta





in una frazione di tempo
dire dirmiti re dire dire si
il viaggio

è sempre preludio




tregue e risacche
una lettera
un'ombra
un ala

polline
nel disordine

memorabili erbe




alcove

gorgogliano

dentro di me


tu sempre
più vicino


oltrepassa
mi colmo


so il sole

 

 

 

***

 

 

 


in una frazione di tempo
cocente
splendente
Dans une fraction de temps


intensamente là
hélianthe
pera di terra
cavolo di Siam
reparti di miele


fine del gelo

 

 

 

Nathalie Riera, maggio 2009

 



 

 

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in una frazione di tempo

 



 

 

retrouver cœur
dans l’immensité

qui vous a parlé de mort ?


jardinier le destin

sans ornement
parler qui veut dire
n’assombrit jamais l’air

c’est toujours au-delà du poème
au-delà de la vie
au plus lointain


je n’ai rien retenu


***


Les ruisseaux sont paisibles
sans feu sans sel

je cherche le mot juste

à ta voix
avive mes doigts
approche-toi

l’eau à la lumière de ce qui ne reste pas


dans une fraction de temps
me dire te dire re dire se dire
le voyage

est toujours prélude


accalmies et ressacs
une lettre
une ombre
une aile

pollen
dans le désordre

mémorables herbes



alcôves

bouillonne

au-dedans de moi


toi toujours
plus proche


déborde
me comble


je sais le soleil



***



dans une fraction de temps
brûlant
éclatant
éperdu


intensément là
hélianthe
poire de terre
chou de Siam
rayons de miel


fin du gel
dans une fraction de temps

 



 

 

©Nathalie Riera, 2009

 


Ce poème a paru en ligne sur: http://www.bribes-en-ligne.fr/spip.php?article700

Les Carnets d'Eucharis n°23, du 14 juin 2010:

 

 

 http://lescarnetsdeucharis.hautetfort.com/archive/2010/06/14/bulletin-n-23-carnets-d-eucharis-juin-2010.html

 

  

 

 

 

 


 

 

voixdesautres@wanadoo.fr

 

 

 

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kamel 23/06/2010 16:02



joli poème en italien et une bien belle traduction...