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« Orage » : « Ce bouleversement intime, définitif » par André Chenet

Publié le par André Chenet

 

 CHRIS arbre redon

"Jouissances spirituelles et physiques causées par l'orage, l'électricité et la foudre, tocsin des souvenirs amoureux, ténébreux, des anciennes années.Charles Baudelaire

"Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience" René Char.

 


"Je dénonce tous ceux / qui ignorent l'autre moitié, / la moitié non rachetable qui élève ses montagnes de ciment / où battent les coeurs
des humbles animaux qu'on oublie...
" Federico García Lorca

"Et soudain l’orage berceau frémissant
Exorcise notre arc-en-ciel éteint¹
" Cristina Castello


    Les poèmes de Cristina Castello poète argentine engagée contre toutes les injustices sociales et ardente égérie de la paix et de la beauté, sont sublimes, vivants avec cette déchirure profonde, révélant les affres d'une passion épurée et sans cesse provoquée et malmenée par les effets circonstanciels d'un avilissement généralisé du milieu ambiant. Elle nous guide au bord de ces abîmes initiatiques, éminemment naturels, où se retrouvent toujours les poètes, je veux dire ceux qui ne font pas semblant d'écrire. Elle relève nos rêves fracturés, réanime nos utopies les plus réalistes, celles que nous pressentions déjà avant que les mots nous saisissent sous leurs surfaces à facettes contradictoires. Ensemble, nous remettrons du sens au milieu des ruines fumantes de Babylone et réinventerons un ordre ondulant d'évidences sensitives et jouissives. "La beauté convulsive sera érotique-voilée, explosante-fixe, magique-circonstancielle ou ne sera pas", annonçait André Breton.

    Cette poésie ("Ecrire pour détruire le monde / Et construire la vie"),  est un don du ciel. La poésie nous préserve des miasmes de l'apocalypse. La poésie nous rend  immortel. Je ne délire pas. Je sais seulement malgré tous mes  désarrois et mes insuffisances reconnaître le souffle, d'où qu'il  vienne, de l'inspiration. La plupart des poètes contemporains font mine d'ignorer  cette faculté inouïe, incroyable qui transporte un être au-delà de  toute condition, de toute contingence.

    Comment harmoniser notre immense soif de vie avec le fracas destructeur de l'actuelle civilisation globale dans laquelle la majeure partie de l'humanité ne se survie qu'à grand peine, telle me semble être le leit-motive crucial et obsédant, pulsant comme le sang dans nos veines, tout au long de ces vers inspirés dans le brasier d'un orage crépitant d'amour fou à travers la nuit dans les rues de Paris  ? Cristina Castello ne craint pas la tempête qui dévaste le monde, au contraire, elle s'y abandonne ardemment, avec un courage sidérant, de tout son être, jusqu'à l'éclaircie miraculeuse. Sa voix altérée d'un profond silence, se nourrissant d'une exigence extrême, et son regard farouche font éclater les chaînes qui nous retiennent au piquet ridicule de nos si fébriles existences personnelles.

 

  Après lecture de ce recueil , je reste sans voix, suis sous le coup de ses  fulgurances, totalement sous l'emprise de ses visions, et, je le confesse sans vergogne,  je n'attends jamais rien de moins de la poésie que ce bouleversement intime, définitif. Cristina écrits vraiment à "Bout portant".
Un jour elle m'a dit: "on va gagner le combat contre l'horreur. contre la laideur des monstres ...sinon comment continuer à écrire?¹"

"...Et l’Univers tourne au milieu d’une émeute de violons en révolte... "

 


                                                                   André Chenet

 

 

 

 

¹ In "Orage" recueil bilingue, Éditions BoD, 2009, 116 pages  ; 12,00 euros. Traduction de Pedro Vianna, poète, et des illustrations d'Odette Baudry, artiste québecoise et poète.

"Orage " s'ouvre sur un « frontispice » du poète espagnol Antonio Gamoneda et une préface du poète Thiago de Mello

 

Poète et journaliste née à Buenos Aires, Cristina Castello est également critique d'art, préfacier, auteur de catalogues d'art et conférencière. Par ailleurs, elle est fréquemment invitée à faire des lectures lors de réunions poétiques.
Le poète brésilien Thiago de Mello l’a sélectionnée pour intégrer l’anthologie «Poèmes préférés par l'auteur et ses lecteurs» - Poetas Da  América de Canto Castelhano , organisée et traduite par le même artiste pour la maison d’édition « Bertrand Brasil », de Rio de Janeiro,  qui a été publiée en février 2005. 
C. Castello est un membre actif du Pen Club français.
Son premier recueil « Soif » (2005, 44 poèmes préfacés par François Xavier et Oscar Barney Finn) est sous les auspices du Secrétariat de la Culture du Gouvernement de la Ville de Buenos Aires (Résolution 763, 15/03/05). Il a été déclaré « d’intérêt culturel », de même que son ancienne émission de télévision « Sans Masque » et son site www.cristinacastello.com, qui lie poésie, musique et peinture.




"Orage" sera présenté
par Jean-Pierre Faye
le vendredi 8 janvier 2010
à 18 h 30
à la Maison de l’Amérique latine
217, boulevard Saint-Germain PARIS VIIe
Métro : Solférino / Rue du Bac


et

le jeudi 14 janvier 2010
à 18 h 30
au Pen Club français
6, rue François Miron PARIS IVe
Métro : Hôtel de Ville/ Pont Marie/ Saint Paul





http://www.amazon.fr/
http://www.chapitre.com/

Les deux premiers poèmes d'Orage:


    Cráter del cielo

El mundo es un país de muertos
Que caminan hacia su funeral
Las caras de las gentes son sudarios
Con ojos herrumbrados y sueños de rodillas.
Estrías de sol, rocío evaporado,
Son los niños que el Imperio deshoja hacia la muerte
Cada cinco segundos, cada cinco segundos
En todos los follajes de todos los confines.
El capitalismo es un pulpo famélico de llantos erizados
Es un cráter del cielo que asesina gorriones.
Me estremece un ultraje de lirios desflorados
Que amotinan mi alma y desafían al Supremo
Pero los dioses antropófagos no escuchan
Y mi sed interroga los milagros
Y el arcano responde con más crímenes
Y los ángeles de la guarda se rinden al sistema.
Pero vendrán los puros del planeta
A demoler los olimpos de crueldad,
A inventar ciudades sin cadalsos,
A desnudar de libros las bibliotecas
Para leer a Bachelard, a Zola, a John Donne
En San Telmo, en el Pont Neuf o en Beirut.

Vendrán a desatar los museos de sus rejas
Para que La libertad guiando al pueblo funde la equidad
Y el grito del Guernica extirpe el horror.
Vendrán a multiplicar panes y amor
Para dar de comer al hambriento
Para dar de beber al sediento de luz
Para inventar fronteras sin techos,
Y que negros blancos amarillos pardos
Retocen como arcillas saciadas en los páramos
Y bailen al ritmo de una caja musical.
Así, sólo así, el mundo será un país de inocentes
Y se abrirá por fin, cubriendo el Infinito,
Un bouquet de arpegios que tatuará el porvenir.

Buenos Aires, 10 de diciembre de 2006


    Cratère du ciel

Le monde est un pays de morts
Qui marchent vers leurs funérailles
Les visages des gens sont des suaires
Avec des yeux rouillés et des rêves à genoux.
Stries de soleil, rosée évaporée,
Ce sont les enfants que l’Empire effeuille vers la mort
Toutes les cinq secondes, toutes les cinq secondes
Dans tous les feuillages de tous les confins.
Le capitalisme est un poulpe affamé de pleurs hérissés
C’est un cratère du ciel assassin de moineaux.
Il m’ébranle cet outrage de lis déflorés
Qui ameutent mon âme et défient le Suprême
Mais les dieux anthropophages n’entendent point
Et ma soif interpelle les miracles
Et l’arcane répond par d’autres crimes
Et les anges gardiens se soumettent au système.
Mais viendront les Purs de la planète
Pour démolir les olympes de cruauté,
Pour inventer des villes sans échafauds,
Pour vider les bibliothèques de leurs livres
Et lire Bachelard, Zola, John Donne
À San Telmo, sur le Pont Neuf ou à Beyrouth.

Ils viendront délivrer les musées de leurs grilles
Pour que La liberté guidant le peuple fonde l’équité
Et que le cri de Guernica extirpe l’horreur.
Ils viendront multiplier les pains et l’amour
Pour donner à manger à l’affamé
Pour donner à boire à l’assoiffé de lumière
Pour inventer des frontières sans plafond,
Pour que Noirs, Blancs, Jaunes, Métis
S’ébaudissent sur la lande comme des argiles abreuvées
Et dansent au rythme d’une boîte à musique.
C’est ainsi, rien qu’ainsi, que le monde sera un pays d’innocents
Et que s’ouvrira enfin, couvrant l’Infini,
Un bouquet* d’arpèges pour tatouer l’avenir.

Buenos Aires, le 10 décembre 2006



    Jazmines y verdugos

Un pelotón de verdugos persigue
A los jazmines que danzan con la brisa
Libaneses, palestinos. Humanos.
Se les mueren los soles en los párpados
Tienen horizontes cortados con tijeras
Se alimentan de llantos succionados
Y en el alma acunan una paloma muerta.
La savia los repele y la muerte los saquea,
Tienen vedados todos los firmamentos,
La plegaria a un dios ensordecido surca sus jirones,
Y Tánatos vence en cada batalla a Eros.
Las campanas no tañen ángelus de pétalos
Los campanarios despavoridos silban esqueletos.
Como fuegos artificiales el Poder juega misiles
Que estallan los fragores de bombardeos y de huesos.
Y ellos mueren abortando, tal flor antes de ser nacida
Pero qué, qué hago yo con mi sola voz que brama.
Millones de estrellas suicidan mis mejillas
Mientras mi alma cruza las galaxias de cedros
Para que el universo abreve nidos en cálices,
Por ramos de piececitos de bebés bien nutridos,
Por un cielo que dirija la orquesta del coro de ángeles
Y una cama que por el mar navegue jazmines, a la paz.

París, 18 de julio de 2006


   
    Jasmins et bourreaux

Un peloton de bourreaux poursuit
Les jasmins qui dansent avec la brise
Libanais, Palestiniens, Humains.
Les soleils se meurent sur leurs paupières
Leurs horizons sont tranchés aux ciseaux
Ils se nourrissent de pleurs ravalés
Et dans leur âme ils bercent une colombe morte.
La sève les repousse et la mort les saccage
Tous les firmaments leur sont défendus
La prière vers un dieu devenu sourd sillonne leurs haillons
Et à chaque bataille Thanatos l’emporte sur Éros.
Les cloches ne sonnent plus des angélus de pétales
Les clochers épouvantés sifflotent des squelettes.
Tels des feux d’artifice le Pouvoir lance des missiles
Qui se brisent dans un fracas de bombes et d’ossements.
Et ils meurent en s’avortant, telle une fleur avant d’être née
Mais quoi, que fais-je avec ma seule voix qui brame.
Des millions d’étoiles suicident mes joues
Pendant que mon âme traverse les galaxies de cèdres
Pour que l’univers s’abreuve dans des nids-calices
Pour des bouquets de petits pieds de bébés bien nourris
Pour un ciel qui dirige l’orchestre d’un chœur d’anges
Et un lit qui fasse naviguer les jasmins sur les mers, vers la paix.



Paris, 18 juillet 2006

Cristina Castello







"Orage", édition de tête originale
Illustréé par Christian Jaccard


Éditions :
L’édition de tête d’Orage comprend dix exemplaires tirés sur papier spécial et placés dans un coffret contenant une combustion (mèche lente) sur papier d'Arches de Christian Jaccard ; chacun de ces dix exemplaires étant numéroté, et signé de la main de l'artiste et de l'auteur ; l’étui a été conçu et réalisé par Dermond-Duval, à Paris XIIIe.

Lien Humeurs de Jean Dornac



Cristina Castello devant la Tour St Jacques, septembre 2009

 

Source: http://poesiedanger.blogspot

 

 http://www.cristinacastello.com  /  http://www.cristinacastello.fr / https://www.facebook.com/cristina.castello3 /

https://twitter.com/CrisCastello01

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