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Federico Storani: « Le toit du ciel », par Cristina Castello

Publié le par Cristina Castello

fredi el techo del cielo libro
 
« Le toit du ciel »
Conversations avec l'âme
Federico Storani 
   
 
Par Cristina Castello
   
 
C'est un voyage au cœur de l'essence humaine, un itinéraire au travers de la beauté, de la poésie et de la passion, qui sont la substantifique moelle de ce livre. Bien qu'il soit écrit dans un style apollinien, chaque mot flambe avec la vie et se juche sur une axiologie  non explicite mais présente. 
 
Ce singulier essai philosophico-métaphysique d'écriture aux nuances tout à fait contemporaines débute par un poème où l'on découvre – dès cette étape inaugurale – quelques clés de ses 159 pages. « Le sang du rouge » – la passion -, le plaisir de « s'extasier en explorant l'essence », « l'éternité de l'utopie », « la folie qui guérit » ou «  l'insondable abîme de l'amour », se perçoivent comme le passeport nécessaire pour que le ciel s'ouvre à l'infinitude de l'infini. 
 
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Titre insolite: qui, sinon  Storani a l'idée de parler du ciel, aujourd'hui et dans ce monde? Qui peut poser la question de savoir si ce ciel a des limites, un toit? L'auteur crée un dialogue délicat entre ses protagonistes: le corps et l'âme, pour parcourir « le chemin qui va de la jeunesse et de l'inexpérience jusqu'à la sagesse ». 
 
Le dialogue semble complice par moments, sans rivalités jamais, entre les deux protagonistes, et avec la reconnaissance réciproque de la nature de l'un et de l'autre et des complémentarités indispensables à leur unicité. Plus encore: il y a des endroits où le lecteur doit prêter une grande attention pour découvrir lequel des deux « personnages » est en train de parler; et il y a des passages où l'âme semble avoir vécu aussi une expérience corporelle et le corps s'être aventuré vers les hauteurs de l'esprit. Un érotisme de l'âme: la beauté.
 
Dans ces conversations qui deviennent plus péremptoires vers la fin de l'ouvrage, il n'y a pas de présence manifeste de la peinture, ni de la musique, ni de la danse. Mais Storani pointe son nez comme un voyeur face aux interrogations de la philosophie – de la vie-, il les pénètre et il tisse les mots dans le rythme et les nuances de la Nature.
 
Tout ce qui est écrit, ce sont les questions que l'auteur s'est posées à lui-même et qu'il a vécues très profondément, c'est évident.
 
—L'âme: La poésie dévore par dedans et parfois parvient à nous ressusciter.
Oui, habité par la poésie, avec des métaphores enrichissantes et des images délectables, Storani nous révèle et se révèle lui-même, sans se l'être proposé. Il a le goût de l'Absolu qui, s'il emprunte par moments le langage du doute, de l'angoisse ou du scepticisme, c'est parce qu'il possède « une foi profonde, totale, en la beauté, la bonté, le génie » (Louis Aragon). 
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Avec « Le toit du ciel » nous avons la confirmation que la liberté survient quand on ne prétend pas à la possession compulsive; que l'insomnie peut être une forme de lucidité; que l'état de grâce se produit quand les sens s'affûtent et que les émotions explosent; que le talent transgresse les lois de la physique et a besoin de l'inspiration pour se manifester. Que l'espérance est un acte de foi. Nombreux sont les exemples: les rêves et l'utopie, la jouissance que constituerait un bain de sève, l'ennui du prévisible, le bonheur, le succès vain, la culpabilité, la ligne subtile qui sépare le réalisme du conformisme; l'amitié et l'amour, la mort…
 
Et ce n'est pas sans raison que, dans une page ou l'autre, sorte de l'oubli la figure du Chevalier Errant et que dans tout le livre soit affirmée – sobrement et sans la nommer – l'éthique. Car, malgré le titre, l'auteur sait que personne ne pourra mettre un toit au ciel et que tout ce qui est bon peut encore advenir. Que tout est chemin. Que tout consiste à se rendre compte. À prendre conscience. Et de ce point de vue l'auteur semble nous dire avec René Daumal: « …La tentative que je te propose de faire avec moi peut se résumer en deux mots: rester éveillé ». 
 
Federico Storani
Illustrations de couverture et dans le texte: Rodolfo Zagert
©Libros del Zorzal, 2011
ISBN978987599180 4
 
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Federico Storani, brève notice biographique  
 
Homme politique, universitaire, essayiste et écrivain, Federico T. M. Storani (1950) est actuellement Professeur titulaire sur concours à la Faculté des Sciences juridiques et sociales de l'Université nationale de La Plata. Ce fut dans cette Université ainsi que dans celle de Mar del Plata qu'il commença ses travaux d'enseignant agrégé en 1984. 
 
Il a donné des conférences sur les Sciences politiques, la Philosophie et la Politique internationale dans des Universités, des Centres d'études et des Fondations.
 
Il fut professeur invité au St Antony's college de l'Université d'Oxford  (Royaume Uni - 1992) et chercheur au Woodrow Center (États-Unis – 1994); aux cours internationaux ibéro américains: « l'Amérique ibérique en marche vers le XXIe siècle » (Cáceres, Espagne – 2007), et à la Fondation pour la mémoire de l'Amérique latine, de l'Université d'État de São Paulo, UNESP (Brésil – 2009).
 
Il a dirigé les revues « Generación ‘83 » (Génération ‘83) et « Cauces » (« Lit du fleuve »). Il a publié de nombreux articles et essais dans les journaux argentins « Clarín » (« Clairon ») et « Página 12 » (« Page 12 »), entre autres, et dans des revues et journaux étrangers.
 
Parmi ses publications on remarque: « Légitimité et transitions en Amérique latine », The Woodrow Wilson Center, Washington (1994) ; « L'opposition démocratique », Université de Londres (1996) et « Gouvernabilité et Cohabitation » Université d'Oxford (2000).
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NDLT:
 
Quand j'ai découvert, dans ce très intéressant article, le contenu des poèmes de Federico Storani, je n'ai pu m'empêcher de penser aux dialogues espagnols du Moyen-âge entre le Corps et l'Âme, Sieur Carnaval et Dame Carême… L'évocation de Don Quichotte et l'allusion à Antonio Machado « Caminante no hay camino / se hace camino al andar (Toi qui marches, il n'y a pas de chemin / on trace son chemin en marchant) » sont également révélatrices.
Denise Peyroche  (04-10-2013)
 
 

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