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Olga Orozco, poèmes/poemas

Publié le par Cristina Castello

  ocampo

 

 

 

« Genèse »


Il n’y avait aucun signe sur la peau du temps.
Rien. Ni ce tapis d’hiver soudain qui présage les griffes de l’éclair peut-être jusqu'à                                                                                                            
 demain.

Ni ces incendies depuis toujours qui annoncent une torche entre les eaux de tout l’avenir.
Ni même le frisson de l’avertissement sous un souffle d’abîme qui débouche sur jamais  ou sur hier.

Rien. Ni terre promise.
C’était seulement un désert de chaux vive aussi blanche que noire,
un avide fantôme né des pierres pour ronger  le rêve millénaire,
la chute vers le dehors qui est le rêve dont rêve les pierres.
Personne. Seulement un écho de pas sans personne qui s’éloignent
et un lit replié sur lui-même en marche vers la fin.

Moi, j’étais là étendue;
moi, avec les yeux ouverts.
J’avais dans chaque main une caverne pour regarder Dieu,
et une traînée de fourmis allait de son ombre jusqu’à mon cœur et ma tête. 

Et quelqu’un a brisé tout en haut cette jarre grise où montaient boire les souvenirs;
ensuite il a brisé le mémorandum d’aveugles serments blessés traîtreusement
et il a détruit les tables de la loi inscrites avec le sang coagulé des histoires mortes.
Quelqu’un a fait un brasier et a jeté un à un les fragments.
Le ciel brûlait dans l’extinction de tous les enfers
et sur la terre s’effaçaient ses traces et ses preuves.
Moi, j’étais suspendue dans un temps de l’expiation sacrée;
moi j’étais d’un côté très lucide de Dieu;
moi, avec les yeux fermés.
Alors, ils ont prononcé la parole.

Il y eut une clameur de vert paradis qui monte en déchirant la racine de la pierre,
et sa proue céleste a avancé entre la lumière et les ténèbres.
Ils ont ouvert les vannes.
Une houle radiante a comblé le creux de toute l’espérance encore inhabitée,
et les eaux avaient jusqu’en haut cette couleur de miroir dans lequel personne ne s’est     jamais regardé,
et vers le bas un éclat de grotte  orageuse qui regarde depuis toujours pour la première
fois.       
Ils ont dévoilé soudain les marées.        
Derrière a surgi une terre pour inscrire au feu chaque pas du destin,
pour envelopper en herbe assoiffée la chute et le revers de chaque naissance,
pour enfermer de nouveau dans chaque cœur l’amande du mystère.
Ils ont levé les scellés.
La cage du grand jour a ouvert ses portes au délire du soleil
pourvu que toute nouvelle captivité du temps sera éblouissement dans le regard,
pourvu que chaque nuit tombe avec le voile de la révélation aux pieds de la lune.
Ils ont semé dans les  eaux et dans les vents.

Et depuis lors, il y eut une seule ombre submergée en mille ombres,

un seul éclat innommé dans cette lumière d’écailles qui illumine jusqu’à la fin la rampe                                                                                      des rêves.
Et depuis lors, il y eut un bord de plumes allumées depuis le lointain le plus  éloigné,
des ailes qui viennent et s’en vont en un vol d’adieu à tous les adieux.
Ils ont insufflé un souffle dans les entrailles de toute l’extension.
Ce fut un effleurement contre l’ultime fond du sang;
ce fut un frémissement d’étamines dans le vertige de l’air
et  l’âme est descendue à la lumineuse terre glaise pour combler la forme semblable à
[son image,
et la chair s’est élevée comme un chiffre exact,
comme la différence promise  entre le début et la fin.
Alors s’accomplirent l’après-midi et le matin
dans le dernier jour des siècles.
Moi, j’étais face à toi;
moi, avec les yeux ouverts sous tes yeux
dans l’aube première de l’oubli.

          Olga Orozco

              ©Traduction du castillan (Argentine) : Claire Deloupy

 

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«Génesis» 


No había ningún signo sobre la piel del tiempo.
Nada. Ni ese tapiz de invierno repentino que presagia las
                          garras del relámpago quizá hasta mañana.
Tampoco esos incendios desde siempre que anuncian una
                          antorcha entre las aguas de todo el porvenir.
Ni siquiera el temblor de la advertencia bajo un soplo de
                         abismo que desemboca en nunca o en ayer.
Nada. Ni tierra prometida.
Era sólo un desierto de cal viva tan blanca como negra,
un ávido fantasma nacido de las piedras para roer el sueño
                                                                          milenario,
la caída hacia afuera que es el sueño con que sueñan las
                                                                           piedras.
Nadie. Sólo un eco de pasos sin nadie que se alejan
y un lecho ensimismado en marcha hacia el final.

Yo estaba allí tendida;
yo, con los ojos abiertos.
Tenía en cada mano una caverna para mirar a Dios,
y un reguero de hormigas iba desde su sombra hasta mi
                                                         corazón y mi cabeza.

Y alguien rompió en lo alto esa tinaja gris donde subían a
                                                           beber los recuerdos;
después rompió el prontuario de ciegos juramentos heridos
                                                                           a traición
y destrozó las tablas de la ley inscritas con la sangre
                                       coagulada de las historias muertas.
Alguien hizo una hoguera y arrojó uno por uno los fragmentos.
El cielo estaba ardiendo en la extinción de todos los infiernos
y en la tierra se borraban sus huellas y sus pruebas.
Yo estaba suspendida en algún tiempo de la expiación sagrada;
yo estaba en algún lado muy lúcido de Dios;
yo, con los ojos cerrados.
Entonces pronunciaron la palabra.

Hubo un clamor de verde paraíso que asciende desgarrando
                                                             la raíz de la piedra,
y su proa celeste avanzó entre la luz y las tinieblas.
Abrieron las compuertas.
Un oleaje radiante colmó el cuenco de toda la esperanza aún
                                                                      deshabitada,
y las aguas tenían hacia arriba ese color de espejo
                                    en el que nadie se ha mirado jamás,
y hacia abajo un fulgor de gruta tormentosa que mira desde
                                                      siempre por primera vez.
Descorrieron de pronto las mareas.

Detrás surgió una tierra para inscribir en fuego cada pisada
                                                                       del destino,
para envolver en hierba sedienta la caída y el reverso de cada
                                                                         nacimiento,
para encerrar de nuevo en cada corazón la almendra del
                                                                             misterio.
Levantaron los sellos.
La jaula del gran día abrió sus puertas al delirio del sol
con tal que todo nuevo cautiverio del tiempo fuera
                                             deslumbramiento en la mirada,
con tal que toda noche cayera con el velo de la revelación a
                                                              los pies de la luna.
Sembraron en las aguas y en los vientos.
Y desde ese momento hubo una sola sombra sumergida en
                                                                     mil sombras,
un solo resplandor innominado en esa luz de escamas que
                           ilumina hasta el fin la rampa de los sueños.
Y desde ese momento hubo un borde de plumas
                              encendidas desde la más remota lejanía,
unas alas que vienen y se van en un vuelo de adiós a todos
                                                                        [los adioses.
Infundieron un soplo en las entrañas de toda la extensión.
Fue un roce contra el último fondo de la sangre;
fue un estremecimiento de estambres en el vértigo del aire;
y el alma descendió al barro luminoso para colmar la forma
                                                      semejante a su imagen,
y la carne se alzó como una cifra exacta,
como la diferencia prometida entre el principio y el final.
Entonces se cumplieron la tarde y la mañana
en el último día de los siglos.
Yo estaba frente a ti;
yo, con los ojos abiertos debajo de tus ojos
en el alba primera del olvido.

                 Olga Orozco

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«Autoportrait»

 

Moi, Olga Orozco, du fond de ton cœur je déclare à tous que je meurs.

J'aimais la solitude, l'héroïque durée de toute foi, l'oisiveté dans laquelle grandissent d'étranges animaux, des plantes fabuleuses, l'ombre d'une grande époque fluant au milieu des mystères, des hallucinations,

et aussi le petit tremblement des bougies à la nuit tombante.

Mon histoire est là dans mes mains et dans les mains de ceux qui l'ont tatouée.

De mon séjour il reste les magies, les rites, quelques dates usées par le souffle d'un amour inhumain, l'épaisse et lointaine fumée de la maison où nous n'avons jamais vécu, et quelques gestes dispersés parmi les gestes d'autres gens qui ne m'ont pas connue.

Le reste s'accomplit encore dans l'oubli,

Le malheur œuvre sur le visage de celle qui se cherchait en moi comme dans un miroir de souriantes prairies

et qui te paraîtra si bizarrement étrangère: ma propre apparition condamnée à être ma forme en ce monde.

Elle aurait voulu me garder dans le dédain ou dans l'orgueil, dans un dernier instant aussi fulgurant qu'un éclair et non dans ce tumulus incertain où j'élève ma voix rauque et éplorée dans le tourbillon de ton cœur.

 

Fragment

De «La nuit à la dérive»

Traduction de l’espagnol argentin faite pour Claude Couffon

Éditorial «Indigo» - Édition Bilingue

 

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Autorretrato

 

Yo, Olga Orozco, desde tu corazón digo a todos que muero.

Amé la soledad, la heroica perduración de toda fe,

el ocio donde crecen animales extraños y plantas fabulosas,

la sombra de un gran tiempo que pasó entre misterios y entre alucinaciones,

y también el pequeño temblor de las bujías en el anochecer.

Mi historia está en mis manos y en las manos con que otros la tatuaron.

De mi estadía quedan las magias y los ritos,

unas fechas gastadas por el soplo de un despiadado amor,

la humareda distante de la casa donde nunca estuvimos,

y unos gestos dispersos entre los gestos de otros que no me conocieron.

Lo demás aún se cumple en el olvido,

aún labra la desdicha en el rostro de aquella que se buscaba en mí igual

que en un espejo de sonrientes praderas,

y a la que tú verás extrañamente ajena:

mi propia aparecida condenada a mi forma de este mundo.

Ella hubiera querido guardarme en el desdén o en el orgullo,

en el último instante fulmíneo como el rayo,

no en el túmulo incierto donde alzo todavía la voz ronca y llorada

entre los remolinos de tu corazón.

No. Esta muerte no tiene descanso ni grandeza.

No puedo estar mirándola por primera vez durante tanto tiempo.

Pero debo seguir muriendo hasta tu muerte

porque soy tu testigo ante una ley más honda y más oscura que los

cambiantes sueños,

allá, donde escribimos la sentencia:

«Ellos han muerto ya.

Se habían elegido por castigo y perdón, por cielo y por infierno.

Son ahora una mancha de humedad en las paredes del primer aposento»

 

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« Variations sur le temps » – extrait

 

 

« Nous avons lutté parfois corps à corps.
Nous nous sommes disputés comme des bêtes sauvages chaque portion d’amour, chaque pacte signé avec l’encre que tu forges dans quelque éternité instantanée,
chaque visage sculpté dans l’inconstance des nuages voyageurs,
chaque maison érigée dans le courant qui ne revient pas.
Tu as réussi à m’arracher un à un ces fragments déchiquetés de mes temples.
Ne vide pas la bourse.
N’exhibe pas tes trophées.
Ne relate pas de nouveau tes prouesses de honteux gladiateur dans les galeries démesurées de l’écho.
Moi non plus je ne t’ai pas concédé de trêve.
J’ai violé tes statuts.
J’ai forcé tes serrures et je suis montée aux greniers qu’ils nomment avenir.
J’ai fait un seul brasier avec tous tes âges.
Je t’ai retourné comme un maléfice qui se brise
ou j’ai mélangé tes enceintes comme une anagramme dont les lettres
transforment l’ordre et changent le sens.
Je t’ai condensé jusqu’au point d’une bulle immobile,
opaque, prisonnière dans mes ciels de verre.
J’ai étiré ta peau sèche dans des lieux de mémoire,
jusqu’à ce que la perforent les pâles trous de l’oubli.
Un coup de dés l’a fait vaciller sur le vide immense entre deux heures.
Nous sommes arrivés loin dans ce jeu atroce, nous acculant l’âme
Je sais qu’il n’y aura pas de repos,
et ne m’expose pas à la tentation de me laisser envahir par l’ombre placide,
des végétaux centenaires,
bien qu’à la fin de tout, tu sois debout, recevant ton salaire
le mesquin pot de vin que martèlent en ton honneur les rauques
machineries de la mort, mercenaire »

 

 

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« Variaciones sobre el tiempo »


Tiempo:
te has vestido con la piel carcomida del último profeta;
te has gastado la cara hasta la extrema palidez;
te has puesto una corona hecha de espejos rotos y lluviosos jirones,
y salmodias ahora el balbuceo del porvenir con las desenterradas melodías de antaño,
mientras vagas en sombras por tu hambriento escorial, como los reyes locos.

No me importan ya nada todos tus desvaríos de fantasma inconcluso,
miserable anfitrión.
Puedes  roer los huesos de las grandes promesas en sus desvencijados catafalcos
o paladear el áspero brebaje que rezuman las decapitaciones.
Y aún no habrá bastante,
hasta que no devores con tu corte goyesca la molienda final.

Nunca se acompasaron nuestros pasos en estos entrecruzados laberintos.
Ni siquiera al comienzo,
cuando me conducías de la mano por el bosque embrujado
y me obligabas a correr sin aliento detrás de aquella torre inalcanzable
o a descubrir siempre la misma almendra con su oscuro sabor de miedo e inocencia.
¡Ah, tu plumaje azul brillando entre las ramas!
No pude embalsamarte ni conseguí extraer tu corazón como una manzana de oro.

Demasiado apremiante,
fuiste después el látigo que azuza,
el cochero imperial arrollándome entre las patas de sus bestias.
Demasiado moroso,
me condenaste  a ser el rehén ignorado,
la víctima sepultada hasta los hombros entre siglos de arena.

Hemos luchado a veces cuerpo a cuerpo.
Nos hemos disputado como fieras cada porción de amor,
cada pacto firmado con la tinta que fraguas en alguna instantánea eternidad,
cada rostro esculpido en la inconstancia de las nubes viajeras,
cada casa erigida en la corriente que no vuelve.
Lograste arrebatarme uno por uno esos desmenuzados fragmentos de mis templos.

No vacíes la bolsa.
No exhibas tus trofeos.
No relates de nuevo tus hazañas de vergonzoso gladiador en las desmesuradas galerías del eco.

Tampoco yo te concedí una tregua.
Violé tus estatutos.
Forcé tus cerraduras y subí a los graneros que denominan porvenir.
Hice una sola hoguera con todas tus edades.
Te volví del revés igual que a un maleficio que se quiebra,
o mezclé tus recintos como en un anagrama cuyas letras truecan el orden y cambian el sentido.
Te condensé hasta el punto de una burbuja inmóvil,
opaca, prisionera en mis vidriosos cielos,
Estiré tu piel seca en leguas de memoria,
hasta que la horadaron poco a poco los pálidos agujeros del olvido.
Algún golpe de dados te hizo vacilar sobre el vacío inmenso entre dos horas.

Hemos llegado lejos en este juego atroz, acorralándonos el alma.
Sé que no habrá descanso,
y no me tientas, no, con dejarme invadir por la plácida sombra de los vegetales centenarios,
aunque de nada me valga estar en guardia,
aunque al final de todo esté de pie, recibiendo tu paga,
el mezquino soborno que acuñan en tu honor las roncas maquinarias de la muerte,
mercenario.

Y no escribas entonces en las fronteras blancas “nunca más”
con tu mano ignorante,
como si fueras algún dios de Dios,
un guardián anterior, el amo de ti mismo en otro tú
que colma las tinieblas.
Tal vez seas apenas la sombra más infiel de alguno de sus perros.

**Obra: Miguel Ocampo

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hobo-lullaby 02/12/2012 10:55


Bonjour Cristina


La vie et l'amour qui réalisent le rêve dont rêvent les pierres ...


superbe


Merci


Serge

Cristina Castello 02/12/2012 14:27



Merci Serge !


Tes mots sont très beaux !


Affections,


Cristina