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Federico García Lorca, le sang vivant de la poésie/La sangre viva de la poesía

Publié le par Cristina Castello


federico.jpg

 

Federico García Lorca

(Granada, 1899 -1936) 

 

(New York) Je dénonce tous ceux / qui ignorent l'autre moitié, / la moitié non rachetable qui élève ses montagnes de ciment / où battent les coeurs

des humbles animaux qu'on oublie... »

 

 

Mieux vaut sangloter...

 

Mieux vaut sangloter en aiguisant son couteau

ou assassiner les chiens

dans les hallucinantes chasses à courre,

que résister dans le petit jour

aux interminables trains de lait,

aux interminables trains de sang

et aux trains de roses aux mains liées

par les marchands de parfums.

Les canards et les pigeons,

les porcs et les agneaux

mettent leurs gouttes de sang

sous les multiplications ;

et les terribles hurlements des vaches étripées

emplissent de douleur la vallée

où l'Hudson s'enivre d'huile.

Je dénonce tous ceux

qui ignorent l'autre moitié,

la moitié non rachetable

qui élève ses montagnes de ciment

où battent les coeurs

des humbles animaux qu'on oublie

et où nous tomberons tous

à la dernière fête des tarières

Je vous crache au visage.

 

In « Poète à New York »

 

L'autre moitié m'écoute...

 

L'autre moitié m'écoute,

dévorant, chantant, volant dans sa pureté

comme les enfants des conciergeries

qui portent de fragiles baguettes

dans les trous où s'oxydent

les antennes des insectes.

Ce n'est pas l'enfer, c'est la rue.

Ce n'est pas la mort, c'est la boutique de fruits.

il y a un monde de fleuves brisés et dé distances insaisissables

dans la petite patte de ce chat, cassée par l'automobile,

et j'entends le chant du lombric

dans le coeur de maintes fillettes.

Oxyde, ferment, terre secouée.

Terre toi-même qui nages dans les nombres de l'officine.

Que vais-je faire : mettre en ordre les paysages ?

Mettre en ordre les amours qui sont ensuite photographies,

qui sont ensuite morceaux de bois et bouffées de sang?

Non, non ; je dénonce,

je dénonce la conjuration

de ces officines désertes

qui n'annoncent pas à la radio les agonies,

qui effacent les programmes de la forêt,

et je m'offre à être mangé par les vaches étripées

quand leurs cris emplissent la vallée

où l'Hudson s'enivre d'huile.

 

 

New York

Officine et dénonciation  

 

Sous les multiplications

il y a une goutte de sang de canard.

Sous les divisions

Il y a une goutte de sang de marin.

Sous les additions, un fleuve de sang tendre;

un fleuve qui avance en chantant

par les chambres des faubourgs,

qui est argent, ciment ou brise

dans l'aube menteuse de New York.

Les montagnes existent, je le sais.

Et les lunettes pour la science,

je le sais. Mais je ne suis pas venu voir le ciel.

Je suis venu voir le sang trouble,

Le sang qui porte les machines aux cataractes

et l'esprit à la langue du cobra.

Tous les jours on tue à New York

quatre millions de canards,

Cinq millions de porcs,

deux mille pigeons pour le plaisir des agonisants,

un million de vaches,

un million d'agneaux

et deux millions de coqs

qui font voler les cieux en éclats.

 

Mieux vaut sangloter en aiguisant son couteau

ou assassiner les chiens

dans les hallucinantes chasses à courre,

que résister dans le petit jour

aux interminables trains de lait,

aux interminables trains de sang

et aux trains de roses aux mains liées

par les marchands de parfums.

Les canards et les pigeons,

les porcs et les agneaux

mettent leurs gouttes de sang

sous les multiplications ;

et les terribles hurlements des vaches étripées

emplissent de douleur la vallée

où l'Hudson s'enivre d'huile.

Je dénonce tous ceux

qui ignorent l'autre moitié,

la moitié non rachetable

qui élève ses montagnes de ciment

où battent les coeurs

des humbles animaux qu'on oublie

et où nous tomberons tous

à la dernière fête des tarières

Je vous crache au visage.

 

L'autre moitié m'écoute,

dévorant, chantant, volant dans sa pureté

comme les enfants des conciergeries

qui portent de fragiles baguettes

dans les trous où s'oxydent

les antennes des insectes.

Cc n'est pas l'enfer, c'est la rue.

Cc n'est pas la mort, c'est la boutique de fruits.

il y a un monde de fleuves brisés et dé distances insaisissables

dans la petite patte de ce chat, cassée par l'automobile,

et j'entends le chant du lombric

dans le coeur de maintes fillettes.

Oxyde, ferment, terre secouée.

Terre toi-même qui nages dans les nombres de l'officine.

Que vais-je faire : mettre en ordre les paysages ?

Mettre en ordre les amours qui sont ensuite photographies,

qui sont ensuite morceaux de bois et bouffées de sang?

Non, non ; je dénonce,

je dénonce la conjuration

de ces officines désertes

qui n'annoncent pas à la radio les agonies,

qui effacent les programmes de la forêt,

et je m'offre à être mangé par les vaches étripées

quand leurs cris emplissent la vallée

où l'Hudson s'enivre d'huile.

 

(Le Poète à New York)

(Traduction  Pierre Darmangeat, Club des Poètes) 

 

 

Âme absente

 

Ni le taureau ni le figuier ne te connaissent,

ni les chevaux ni les fourmis de ta maison.

Ni l'enfant ni le soir ne te connaît

parce que tu es mort pour toujours.

 

 

Ni l'arrête de la pierre ne te connaît,

ni le satin noir où tu te défais,

ni ton souvenir muet ne te connaît

parce que tu es mort pour toujours.

 

 

L'automne viendra avec ses conques,

raisins de nuages et cimes regroupées,

Mais nul ne voudra regarder dans tes yeux

parce que tu es mort pour toujours.

 

 

Parce que tu es mort pour toujours,

comme tous les morts de la Terre,

comme tous les morts qu'on oublie

dans un amas de chiens éteints.

 

 

Nul ne te connaît plus. Non. Pourtant, moi, je te chante.

Je chante pour des lendemains ton allure et ta grâce.

La maturité insigne de ton savoir.

Ton appétit de mort et le goût de sa bouche.

La tristesse que cachaient ta joie et ta bravoure.

   

Il tardera longtemps à naître, s'il naît un jour,

un Andalou si noble, si riche d'aventures.

Je chante son élégance sur un ton de plainte

et je me souviens d'une brise triste dans les oliviers.

  

Le coup de corne et la mort 

 

A cinq heures du soir.

Il était juste cinq heures du soir.

Un enfant apporta le blanc linceul

à cinq heures du soir.

Le panier de chaux déjà prêt

à cinq heures du soir.

Et le reste n'était que mort, rien que mort

à cinq heures du soir.

 

 

Le vent chassa la charpie

à cinq heures du soir.

Et l'oxyde sema cristal et nickel

à cinq heures du soir.

Déjà luttent la colombe et le léopard

à cinq heures du soir.

Et la cuisse avec la corne désolée

à cinq heures du soir.

Le glas commença à sonner

à cinq heures du soir.

Les cloches d'arsenic et la fumée

à cinq heures du soir.

Dans les recoins, des groupes de silence

à cinq heures du soir.

Et le taureau seul, le coeur offert!

A cinq heures du soir.

Quand vint la sueur de neige

à cinq heures du soir,

quand l'arène se couvrit d'iode

à cinq heures du soir,

la mort déposa ses oeufs dans la blessure

à cinq heures du soir.

A cinq heures du soir.

Juste à cinq heures du soir.

 

 

Un cercueil à roues pour couche

à cinq heures du soir.

Flûtes et ossements sonnent à ses oreilles

à cinq heures du soir.

Déjà le taureau mugissait contre son front

à cinq heures du soir.

La chambre s'irisait d'agonie

à cinq heures du soir.

Déjà au loin s'approche la gangrène

à cinq heures du soir.

Trompe d'iris sur l'aine qui verdit

à cinq heures du soir.

Les plaies brûlaient comme des soleils

à cinq heures du soir,

et la foule brisait les fenêtres

à cinq heures du soir.

A cinq heures du soir.

Aïe, quelles terribles cinq heures du soir!

Il était cinq heures à toutes les horloges.

Il était cinq heures à l'ombre du soir!

  

 

«  Le sang répandu »   

 

Non! Je ne veux pas le voir !  

 

Dis à la lune qu'elle vienne,

car je ne veux pas voir le sang

D'Ignacio sur le sable.  

 

Non! Je ne veux pas le voir !  

 

La lune grande ouverte.

Cheval de nuages calmes,

et l'arène grise du songe

avec des saules aux barrières.  

 

Non! Je ne veux pas le voir!

Mon souvenir se consume.

Prévenez les jasmins

à la blancheur menue !  

 

Non ! Je ne veux pas le voir !  

 

La vache de l'ancien monde

passait sa triste langue

sur un mufle plein des sangs

répandus dans l'arène,  

 

et les taureaux de Guisando,

moitié mort et moitié pierre,

mugirent comme deux siècles

las de fouler le sol.  

Non.

Non ! Je ne veux pas le voir !         

 

Par les gradins monte Ignacio

toute sa mort sur les épaules.

Il cherchait l'aube,

et ce n'était pas l'aube.

Il cherche la meilleure posture,

et le songe l'égare.

Il cherchait son corps splendide,

et trouva son sang répandu.  

 

Ne me demandez pas de regarder !

Je ne veux pas voir le flot

qui perd peu à peu sa force,

ce flot de sang qui illumine

les gradins et se déverse

sur le velours et le cuir

de la foule assoiffée.

Qui donc crie de me montrer?

Ne me demandez pas de le voir!  

Il ne ferma pas les yeux

quand il vit les cornes toutes

proches,

mais les mères terribles

levèrent la tête.  

 

Et à travers les troupeaux,

s'éleva un air de voix secrètes,

cris lancés aux taureaux célestes

par des gardiens de brume pâle.  

 

Il n'y eut de prince à Séville

qu'on puisse lui comparer,

ni d'épée comme son épée,

ni de coeur aussi entier.  

 

Comme un fleuve de lions

sa force merveilleuse,

et comme un torse de marbre

sa prudence mesurée.  

 

Un souffle de Rome andalouse

nimbait d'or son visage,

où son rire était un nard

d'esprit et d'intelligence.  

 

Quel grand torero dans l'arène !

Quel grand montagnard dans la montagne  

Si doux avec les épis !

Si dur avec les éperons !

Si tendre avec la rosée !

Éblouissant à la féria !

Si terrible avec les dernières

banderilles des ténèbres !  

 

Mais voilà qu'il dort sans fin.

Et la mousse et l'herbe

ouvrent de leurs doigts sûrs

la fleur de son crâne.  

 

Et son sang s'écoule en chantant,

chantant à travers prairie et marais,

glissant sur des cornes glacées,

son âme chancelant dans la brume,

trébuchant sur mille sabots,

comme une longue, obscure et triste langue,

pour former une mare d'agonie

auprès du Guadalquivir des étoiles.  

 

Oh Mur blanc d'Espagne !

Oh Noir taureau de douleur !

Oh Sang dur d'Ignacio !

Oh Rossignol de ses veines !  

 

Non.

Non ! Je ne veux pas le voir !

Il n'est pas de calice qui le contienne,

ni d'hirondelles qui le boivent,

ni givre de lumière qui le glace,

ni chant, ni déluge de lis,

il n'est de cristal qui le couvre d'argent.

Non !

Non! Je ne veux pas le voir !!

 

 

La veillée du corps

 

La pierre est un front où gémissent les songes

sans eau courbe ni cyprès glacés.

La pierre est une échine pour porter le temps

avec arbres de larmes, rubans et planètes.

 

 

Moi, j'ai vu des pluies grises se jeter vers les vagues,

en levant leurs tendres bras criblés,

pour ne pas être capturées par la pierre offerte

qui disloque leurs membres sans absorber le sang.

 

 

Parce que la pierre prend semences et nuages,

squelettes d'alouettes et loups de pénombre,

mais ne donne aucun son, ni cristal, ni flamme,

seulement des arènes, encore des arènes,

des arènes sans murs.

 

 

Déjà, Ignacio le bien-né git sur la pierre.

Et tout est fini. Qu'y a-t-il? Contemplez son apparence.

La mort l'a couvert de souffles blafards

et lui a façonné une tête de sombre minotaure.

 

Et tout est fini. La pluie emplit sa bouche.

L'air pris de folie s'échappe de sa poitrine creuse,

et l'Amour, imprégné de larmes de neige,

se chauffe, là-haut, au-dessus des troupeaux.

 

Que disent-ils? Un silence fétide plane.

Nous veillons un corps qui s'estompe,

un corps aux formes claires de rossignols,

et nous le voyons se creuser de trous sans fond.

 

 Qui froisse le suaire? Ce qu'il dit est faux!

Ici personne ne chante, ni pleure dans un coin,

ne pique des éperons, n'effraie le serpent.

Je ne veux ici que des yeux grands ouverts

pour contempler ce corps sans possible repos.

 

 

Moi, je veux voir ici les hommes à la voix dure,

ceux qui domptent les chevaux et dominent les fleuves,

ces hommes au squelette sonore, qui chantent

la bouche pleine de soleil et de silex.

 

 

Moi, je veux les voir ici. Devant la pierre.

Devant ce corps aux rênes rompues.

Moi, je veux qu'ils me montrent l'issue

pour ce capitaine enchaîné par la mort.

 

 

Qu'ils m'apprennent un chant triste comme un fleuve,

avec de douces brumes et des rives profondes,

pour emporter le corps d'Ignacio, qu'il se perde

sans écouter le souffle puissant des taureaux.

 

 

Qu'il se perde dans l'arène ronde de la lune

qui imite, enfant dolente, la bête immobile;

qu'il se perde dans la nuit muette des poissons

et dans le taillis blanc de la fumée gelée.

 

 

Qu'on ne lui couvre pas le visage de mouchoirs

afin qu'il s'habitue à la mort qu'il porte.

Pars, Ignacio: ne regrette pas le chaud mugissement.

Dors, vole, repose: la mer aussi se meurt!

 

 

La femme adultère

 

Je la pris près de la rivière

Car je la croyais sans mari

Tandis qu'elle était adultère

Ce fut la Saint-Jacques la nuit

Par rendez-vous et compromis

Quand s'éteignirent les lumières

Et s'allumèrent les cri-cri

Au coin des dernières enceintes

Je touchai ses seins endormis

Sa poitrine pour moi s'ouvrit

Comme des branches de jacinthes

Et dans mes oreilles l'empois

De ses jupes amidonnées

Crissait comme soie arrachée

Par douze couteaux à la fois

Les cimes d'arbres sans lumière

Grandissaient au bord du chemin

Et tout un horizon de chiens

Aboyait loin de la rivière

Quand nous avons franchi les ronces

Les épines et les ajoncs

Sous elle son chignon s'enfonce

Et fait un trou dans le limon

Quand ma cravate fût ôtée

Elle retira son jupon

Puis quand j'ôtai mon ceinturon

Quatre corsages d'affilée

Ni le nard ni les escargots

N'eurent jamais la peau si fine

Ni sous la lune les cristaux

N'ont de lueur plus cristalline

Ses cuisses s'enfuyaient sous moi

Comme des truites effrayées

L'une moitié toute embrasée

L'autre moitié pleine de froid

Cette nuit me vit galoper

De ma plus belle chevauchée

Sur une pouliche nacrée

Sans bride et sans étriers

Je suis homme et ne peux redire

Les choses qu'elle me disait

Le clair entendement m'inspire

De me montrer fort circonspect

Sale de baisers et de sable

Du bord de l'eau je la sortis

Les iris balançaient leur sabre

Contre les brises de la nuit

Pour agir en pleine droiture

Comme fait un loyal gitan

Je lui fis don en la quittant

D'un beau grand panier à couture

Mais sans vouloir en être épris

Parce qu'elle était adultère

Et se prétendait sans mari

Quand nous allions vers la rivière

 

 

« Pluie »

La pluie a comme un vague secret de tendresse,
Plein de résignation, de somnolence aimable.
Discrète, une musique avec elle s'éveille
Qui fait vibrer l'âme lente du paysage.

C'est un baiser d'azur que la Terre reçoit,
Le mythe primitif accompli de nouveau,
Le contact d'une terre et d'un ciel déjà froids
Dans la douceur d'un soir qui n'en finit jamais.

C'est l'aurore du fruit, la porteuse de fleurs,
La purification du Saint-Esprit des mers.
C'est elle qui répand la vie sur les semailles
Et dans nos cœurs le sentiment de l'inconnu.

La nostalgie terrible d'une vie perdue,
Le sentiment fatal d'être arrivé trop tard,
L'espérance inquiète d'un futur impossible,
Et l'inquiétude, sœur des douleurs de la chair.

Elle éveille l'amour dans le gris de ses rythmes.
Notre ciel intérieur s'empourpre de triomphe;
mais bientôt nos espoirs en tristesse se changent
A contempler sur les carreaux ses gouttes mortes.

Ses gouttes sont les yeux de l'infini qui voient
Le blanc de l'infini qui leur donna naissance.


Chaque goutte de pluie en tremblant sur la vitre
Y fait, divine, une blessure de diamant,
Poétesses de l'eau qui a vu et médite
Ce qu'ignore la foule des ruisseaux et des fleuves

Sans orages ni vents, ô pluie silencieuse,
Douceur sereine de sonnaille et de lumière,
Pacifique bonté, la seule véritable,
Qui, amoureuse et triste, sur toute chose tombes,

Ô pluie franciscaine où chaque goutte porte
Une âme claire de fontaine et d'humble source,
Quand lentement sur la campagne tu descends,
Les roses de mon cœur à ta musique s'ouvrent.

Le psaume primitif que tu dis au silence,
Le conte mélodieux que tu dis aux ramées,
Mon cœur dans son désert le répète en pleurant
Sur les cinq lignes noires d'une portée sans clé.

J'ai la tristesse en moi de la pluie sereine,
Tristesse résignée de l'irréalisable
Je vois à l'horizon une étoile allumée
Mais mon cœur m'interdit de courir pour la voir.

Tu mets sur le piano une douceur troublante,
Ô pluie silencieuse, ô toi qu'aiment les arbres.
Tu donnes à mon cœur les vagues résonances
Qui vibrent dans l'âme lente du paysage.

-----------

Romance somnambule (extraits)

Vert c’est vert que je te veux.
Vert le vent. Verts les rameaux.
Nacelle voguant sur l’eau
Cheval par les monts rocheux.
La taille drapée de noir
Au balcon rêvant le soir
Chair verte et vert le cheveu
D’argent froid elle a les yeux.
Vert c’est vert que je te veux.
Sous la lune gitane
Vers elle vont les regards
Vers elle qui ne peut voir.

 

Vert c’est vert que je te veux.
D’amples étoiles de givre
Le poisson de nuit dirigent
Traçant de l’aube la piste.
Le figuier frotte sa brise
Au crin dur de ses ramages.
La montagne chat sauvage
Hérisse pointes d’agaves.
Qui viendra ? De quel côté ?
Elle à son balcon restée
Chair verte et le cheveu vert
Rêve amère de la mer.

 

[...]

 

Federico García Lorca, Romancero gitan, traduit de l’espagnol et annoté par Alice Becker-Ho, édition bilingue, Points-Poésie, 2008, p. 24 et 25.

---

Double poème du Lac Edem (extrait de)  « Quiero llorar porque se me da la gana »
 
[...] 
Je veux pleurer parce que j’en ai envie 
comment pleurent les enfants du dernier banc,  
parce que je ne suis homme, poète ni feuille,  
mais pulsation blessée qui sonde les choses de l’autre côté. 
 
Je veux pleurer en disant mon nom, 
rose, enfant et sapin au bord de ce lac, 
pour dire ma vérité d’homme de sang 
en tuant en moi la raillerie et la suggestion du mot.  
[...] 
 

----

Élégie du silence


Silence, où mènes-tu
Ton cristal imprégné
De rires, de paroles
Et des sanglots de l'arbre ?
Comment effaces-tu
La rosée des chansons
Et les taches sonores
Que les lointaines vagues
Laissent sur la blancheur
Sereine de ton voile ?
Qui ferme tes blessures
Lorsque dans les campagnes
Une vieille noria
Plante sa flèche lente
Dans ton cristal immense ?
Où vas-tu si, le soir,
Te blesse l'angélus,
Si troublent ton repos
Des essaims de chansons
Et la rumeur dorée
Qui tombe sur les monts
Bleutés en sanglotant ?

La bise de l'hiver
Brise ton bleu céleste
Et la plainte muette
D'une froide fontaine
Saccage tes bosquets.
Où tu poses les mains,
Tu rencontres l'épine
Du rire ou la brûlante
Hache de la passion.
Si tu vas vers les astres,
Le concert solennel
Des oiseaux de l'éther
Détruit tout l'équilibre
De ton secret esprit.

A vouloir fuir le son,
Tu deviens son toi-même,
Spectre de l'harmonie,
Fumée de cri et plainte.
Tu viens pour nous apprendre,
Le long des nuits obscures,
La parole infinie
Sans haleine et sans lèvres.

Percé de milliers d'astres
Et gonflé de musique,
Où mènes-tu, silence,
Ta douleur surhumaine,
Douleur d'être captif
D'un tissu d'harmonie
Qui aveugle à jamais
Ta fontaine sacrée ?

Et tes ondes troublées
De pensées, tu entraînes
Aujourd'hui la poussière
Des douleurs anciennes,
L'écho de tous les cris
A jamais effacés,
Le tonnerre lointain
De l'océan, figé.

Si Jéhovah* s'endort,
Monte à son brillant trône,
Brise-lui sur le front
Le poids d'un astre mort
Pour en finir vraiment
Avec cette musique
Éternelle et ce jour
Sonore d'harmonie.
Puis retourne à la source
Où dans la nuit sans fin
Tu t'écoulais paisible
Avant que Dieu ne vint.

----

« Casida de la femme couchée »

Te voir nue, c'est se rappeler la terre.

 La Terre lisse et vierge de chevaux

La Terre sans aucun jonc, forme pure,

 fermée à l'avenir : confins d'argent.

Te voir nue, c'est comprendre l'anxiété

de la pluie cherchant la fragile tige,

ou  la fièvre de la mer au visage immense

 sans trouver l'éclat de sa joue.

Le sang sonnera à travers les lits

 et viendra tenant son fer fulgurant,

 mais toi tu ne sauras pas où se cachent

 le cœur de crapaud ou la violette.

 Ton ventre est une lutte de racines,

 tes lèvres sont une aube sans contour.

Sous les roses tièdes de ton lit

 gémissent les morts attendant leur tour
 

federico.jpg

«Más vale sollozar... »

 

Más vale sollozar afilando la navaja

o asesinar a los perros en las alucinantes

cacerías

que resistir en la madrugada

los interminables trenes de leche,

los interminables trenes de sangre

y los trenes de rosas maniatadas

por los comerciantes de perfumes.

Los patos y las palomas,

y los cerdos y los corderos

ponen sus gotas de sangre

debajo de las multiplicaciones,

y los terribles alaridos de las vacas estrujadas

llenan de dolor el valle

donde el Hudson se emborracha con aceite.

Yo denuncio a toda la gente

que ignora la otra mitad,

la mitad irredimible ,

que levanta sus montes de cemento

donde laten los corazones

de los animalitos que se olvidan

y donde caeremos todos

en la última fiesta de los taladros.

Os escupo en la cara.

 

____________

 

La otra mitad me escucha...

 

La otra mitad me escucha

devorando, cantando, volando en su pureza,

como los niños de las porterías

que llevan frágiles palitos

a los huecos donde se oxidan

las antenas de los insectos.

No es el infierno, es la calle.

No es la muerte, es la tienda de frutas.

Hay un mundo de ríos quebrados y distancias

inasibles

en la patita de ese gato quebrada por el automóvil,

y yo oigo el canto de la lombriz

en el corazón de muchas niñas.

Oxido, fermento, tierra estremecida.

Tierra tú mismo que nadas por los números de la

oficina.

Qué voy a hacer, ordenar los paisajes?

Ordenar los amores que luego son fotografías,

que luego son pedazos de madera y bocanadas de

sangre?

No, no; yo denuncio.

Yo denuncio la conjura

de estas desiertas oficinas

que no radian las agonías,

que borran los programas de la selva,

y me ofrezco a ser comido por las vacas estrujadas

cuando sus gritos llenan el valle

donde el Hudson se emborracha con aceite.

 

________________

 

New York

(Oficina y denuncia)

 

Debajo de las multiplicaciones

hay una gota de sangre de pato.

Debajo de las divisiones

hay una gota de sangre de marinera.

Debajo de las sumas, un rio de sangre tierna;

un rio que viene cantando

por los dormitorios de los arrabales,

y es plata, cemento o brisa

en el alba mentida de New York.

Existen las montañas, lo sé

Y los anteojos para la sabiduria,

lo sé. Pero yo no he venido a ver el cielo.

He venido para ver la turbia sangre,

la sangre que lleva màquinas a las cataratas

y el espíritu a la lengua de la cobra.

Todos los dias se matan en New York

cuatro millones de patos,

cinco millones de cerdos,

dos mil palomas para el gusto de los agonizantes,

un millón de vacas,

un millón de corderos

y dos millones de gallos,

que dejan los cielos hechos añicos.

Más vale sollozar afilando la navaja

o asesinar a los perros en las alucinantes

cacerías

que resistir en la madrugada

los interminables trenes de leche,

los interminables trenes de sangre

y los trenes de rosas maniatadas

por los comerciantes de perfumes.

Los patos y las palomas,

y los cerdos y los corderos

ponen sus gotas de sangre

debajo de las multiplicaciones,

y los terribles alaridos de las vacas estrujadas

llenan de dolor el valle

donde el Hudson se emborracha con aceite.

Yo denuncio a toda la gente

que ignora la otra mitad,

la mitad irredimible ,

que levanta sus montes de cemento

donde laten los corazones

de los animalitos que se olvidan

y donde caeremos todos

en la última fiesta de los taladros.

Os escupo en la cara

La otra mitad me escucha

devorando, cantando, volando en su pureza,

como los niños de las porterías

que llevan frágiles palitos

a los huecos donde se oxidan

las antenas de los insectos.

No es el infierno, es la calle.

No es la muerte, es la tienda de frutas.

Hay un mundo de ríos quebrados y distancias

inasibles

en la patita de ese gato quebrada por el automóvil,

y yo oigo el canto de la lombriz

en el corazón de muchas niñas.

Oxido, fermento, tierra estremecida.

Tierra tú mismo que nadas por los números de la

oficina.

Qué voy a hacer, ordenar los paisajes?

Ordenar los amores que luego son fotografías,

que luego son pedazos de madera y bocanadas de

sangre?

No, no; yo denuncio.

Yo denuncio la conjura

de estas desiertas oficinas

que no radian las agonías,

que borran los programas de la selva,

y me ofrezco a ser comido por las vacas estrujadas

cuando sus gritos llenan el valle

donde el Hudson se emborracha con aceite

que llevan frágiles palitos

a los huecos donde se oxidan

las antenas de los insectos.

No es el infierno, es la calle.

No es la muerte, es la tienda de frutas.

Hay un mundo de ríos quebrados y distancias

inasibles

en la patita de ese gato quebrada por el automóvil,

y yo oigo el canto de la lombriz

en el corazón de muchas niñas.

Oxido, fermento, tierra estremecida.

Tierra tú mismo que nadas por los números de la

oficina.

Qué voy a hacer, ordenar los paisajes?

Ordenar los amores que luego son fotografías,

que luego son pedazos de madera y bocanadas de

sangre?

No, no; yo denuncio.

Yo denuncio la conjura

de estas desiertas oficinas

que no radian las agonías,

que borran los programas de la selva,

y me ofrezco a ser comido por las vacas estrujadas

cuando sus gritos llenan el valle

donde el Hudson se emborracha con aceite.

 

(De "Poeta en Nueva York")

 

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¡Cigarra!

 

A María Luisa.

 

¡Cigarra!

¡Dichosa tú!

que sobre el lecho de tierra

mueres borracha de luz.

 

Tu sabes de las campiñas

el secreto de la vida,

y el cuento del hada vieja

que nacer hierba sentía

en ti quedóse guardado.

 

¡Cigarra!

dichosa tú!,

pues mueres bajo la sangre

de un corazón todo azúl.

La luz es Dios que desciende,

y el sol

brecha por donde filtra.

 

¡Cigarra!

¡Dichosa tú!

pues sientes en la agonía

todo el peso del azul.

 

Todo lo vivo que pasa

por las puertas de la muerte

va con la cabeza baja

y un aire blanco durmiente.

Con habla de pensamiento.

Sin sonidos ...

Tristemente,

cubierto, con el silencio

que es el manto de la muerte.

 

Mas tú, cigarra encantada,

derramando son , te mueres

y quedas transfigurada

en sonido y luz celeste.

 

¡Cigarra!

¡Dichosa tú!

pues te envuelve con su manto

el propio Espíritu Santo,

que es la luz.

 

¡Cigarra!

Estrella sonora

sobre los campos dormidos,

vieja amiga de las ranas

 y de los oscuros grillos,

 tienes sepulcros de oro

en los rayos tremolinos

del sol que dulce te hiere

en la fuerza del Estío,

y el sol se lleva tu alma

para hacerla luz.

 

Sea mi corazón cigarra

sobre los campos divinos.

Que muera cantando lento

por el cielo azul herido

y cuando esté ya expirando

una mujer que adivino

lo derrame con sus manos

por el polvo.  

 

Y mi sangre por el campo

sea rosado y dulce limo

donde claven sus azadas

los cansados campesinos.

 

¡Cigarra!

¡Dichosa tú!

pues te hieren las espadas invisibles

del azul.

 

(De " Libro de poemas" 1821 "A mi hermano Paquito

3 de agosto 1918

(Fuente Vaqueros . Granada )

 

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Casida de la mujer tendida

 

Verte desnuda es recordar la tierra.

La tierra lisa, limpia de caballos.

La tierra sin un junco, forma pura

cerrada al porvenir: confín de plata.

Verte desnuda es comprender el ansia

de la lluvia que busca débil talle,

o la fiebre del mar de inmenso rostro

sin encontrar la luz de su mejilla.

La sangre sonará por las alcobas

y vendrá con espada fulgurante,

pero tú no sabrás dónde se ocultan

el corazón de sapo o la violeta.

Tu vientre es una lucha de raíces,

tus labios son un alba sin contorno,

bajo las rosas tibias de la cama

los muertos gimen esperando turno.

 

__________________

 

Si mis manos pudieran deshojar

 

Yo pronuncio tu nombre

En las noches oscuras

Cuando vienen los astros

A beber en la luna

Y duermen los ramajes

De las frondas ocultas.

Y yo me siento hueco

De pasión y de música.

Loco reloj que canta

Muertas horas antiguas.

Yo pronuncio tu nombre,

En esta noche oscura,

Y tu nombre me suena

Más lejano que nunca.

Más lejano que todas las estrellas

Y más doliente que la mansa lluvia.

¿Te querré como entonces

Alguna vez? ¿Qué culpa

Tiene mi corazón?

Si la niebla se esfuma

¿Qué otra pasión me espera?

¿Será tranquila y pura?

¡¡Si mis dedos pudieran

Deshojar a la luna!!

 

(Granada, 10 de noviembre de 1919)

 

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Hay almas que tienen...

 

Hay almas que tienen azules luceros, mañanas marchitas entre hojas del tiempo,

y castos rincones que guardan un viejo rumor de nostalgias y sueños.

Otras almas tienen dolientes espectros de pasiones.

Frutas como gusanos.

Ecos de una voz quemada que viene de lejos como una corriente de sombras.

Recuerdos vacíos de llanto y migajas de besos.

Mi alma está madura hace mucho tiempo, y se desmorona turbia de misterio.

Piedras juveniles roídas de ensueño caen sobre las aguas de mis pensamientos.

Cada piedra dice: Dios está muy lejos..

 

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Canción Menor

 

Tienen gotas de rocío las alas del ruiseñor, gotas claras de luna cuajadas por su ilusión.

Tiene el mármol de la fuente el beso del surtidor sueño de estrellas humildes.

Las niñas de los jardines me dicen todas adiós cuando paso.

Las campanas también me dicen adiós.

Y los árboles se besan en el crepúsculo.

Yo voy llorando por la calle, grotesco y sin solución, con tristeza de Cyrano y de Quijote,

redentor de imposibles infinitos como el ritmo del reloj.

Y veo secarse los lirios al contacto de mi voz manchada de luz sangrienta,

y en mi lírica canción llevo galas de payaso empolvado.

El amor bello y lindo se ha escondido bajo una araña me oculta como sus patas de oro.

No conseguiré mi ventura, pues soy como el mismo Amor, cuyas flechas son de llanto, y el carcaj el corazón.

Daré todo a los demás y lloraré mi pasión como niño abandonado en cuento que se borró.

 

________________

 

Aire Nocturno

 

Tengo mucho miedo de las hojas muertas, miedo de los prados llenos de rocío.

Yo voy a dormirme; si no me despiertas, dejaré a tu lado mi corazón frío.

Qué es eso que suena muy lejos? Amor.

El viento en las vidrieras, ¡amor mío!

Te puse collares con gemas de aurora. Por qué me abandonas en este camino?

Si te vas muy lejos, mi pájaro llora y la verde viña no dará su vino.

Qué es eso que suena muy lejos? Amor.

El viento de las vidrieras, ¡amor mío!

Tú no sabrás nunca, esfinge de nieve, lo mucho que yo te hubiera querido esas madrugadas

cuando tanto llueve y en la rama seca se deshace el nido.

Qué es eso que suena muy lejos? Amor.

El viento en las vidrieras, ¡amor mío!.

 

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La Cogida y la Muerte

 

A las cinco de la tarde.

Eran las cinco en punto de la tarde.

Un niño trajo la blanca sabana

a las cinco de la tarde.

Una espuerta de cal ya prevenida

a las cinco de la tarde.

Lo demás era muerte y solo muerte

a las cinco de la tarde.

 

El viento se llevó los algodones

a las cinco de la tarde.

Y el óxido sembró cristal y níquel

a las cinco de la tarde.

Ya luchan la paloma y el leopardo

a las cinco de la tarde.

Y un muslo con un asta desolada

a las cinco de la tarde.

Comenzaron los sones del bordón

a las cinco de la tarde.

Las campanas de arsénico y el humo

a las cinco de la tarde.

En las esquinas grupos de silencio

a las cinco de la tarde.

¡Y el toro, solo corazón arriba!

a las cinco de la tarde.

Cuando el sudor de nieve fue llegando

a las cinco de la tarde,

cuando la plaza se cubrió de yodo

a las cinco de la tarde,

la muerte puso huevos en la herida

a las cinco de la tarde.

A las cinco de la tarde.

A las cinco en punto de la tarde.

 

Un ataúd con ruedas es la cama

a las cinco de la tarde.

Huesos y flautas suenan en su oído

a las cinco de la tarde.

El toro ya mugía por su frente

a las cinco de la tarde.

El cuarto se irisaba de agonía

a las cinco de la tarde.

A lo lejos ya viene la gangrena

a las cinco de la tarde.

Trompa de lirio por las verdes ingles

a las cinco de la tarde.

Las heridas quemaban como soles

a las cinco de la tarde,

y el gentío rompía las ventanas

a las cinco de la tarde.

A las cinco de la tarde.

¡Ay que terribles cinco de la tarde!

¡Eran las cinco en todos los relojes!

¡Eran las cinco en sombra de la tarde!

 

(De "Llanto por la muerte de Ignacio Sánchez Mejías" – 1935)

 

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 La casada infiel

 

Y yo que me la lleve al río

creyendo que era mozuela,

pero tenía marido.

Fue la noche de Santiago

y casi por compromiso.

Se apagaron los faroles

y se encendieron los grillos.

En las últimas esquinas

toque sus pechos dormidos,

y se me abrieron de pronto

como ramos de jacintos.

El almidón de su enagua

me sonaba en el oído

como una pieza de seda

rasgada por diez cuchillos.

Sin luz de plata en sus copas

los árboles han crecido

y un horizonte de perros

ladra muy lejos del río.

Pasadas las zarzamoras,

los juncos y los espinos,

bajo su mata de pelo

hice un hoyo sobre el limo.

Yo me quité la corbata.

Ella se quito el vestido.

Yo, el cinturón con revólver.

Ella, sus cuatro corpiños.

Ni nardos ni caracolas

tienen el cutis tan fino,

ni los cristales con luna

relumbran con ese brillo.

Sus muslos se me escapaban

como peces sorprendidos,

la mitad llenos de lumbre,

la mitad llenos de frío.

Aquella noche corrí

el mejor de los caminos,

montado en potra de nácar

sin bridas y sin estribos.

No quiero decir, por hombre,

las cosas que ella me dijo.

La luz del entendimiento

me hace ser muy comedido.

Sucia de besos y arena,

yo me la llevé del río.

Con el aire se batían

las espadas de los lirios.

 

Me porté como quien soy.

Como un gitano legítimo.

Le regalé un costurero

grande, de raso pajizo,

y no quise enamorarme

porque teniendo marido

me dijo que era mozuela

cuando la llevaba al río.

 

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La sangre derramada

 

¡Que no quiero verla!

Dile a la luna que venga, 

que no quiero ver la sangre 

de Ignacio sobre la arena. 

¡Que no quiero verla! 

La luna de par en par. 

Caballo de nubes quietas, 

y la plaza gris del sueño 

con sauces en las barreras. 

¡Que no quiero verla! 

Que mi recuerdo se quema. 

¡Avisad a los jazmines 

con su blancura pequeña! 

¡Que no quiero verla! 

La vaca del viejo mundo 

pasaba su triste lengua 

sobre un hocico de sangres 

derramadas en la arena, 

y los toros de Guisando 

casi muerte y casi piedra, 

mugieron como dos siglos 

hartos de pisar la tierra. 

No. 

¡Que no quiero verla! 

 

Por las gradas sube Ignacio 

con toda su muerte a cuestas. 

Buscaba el amanecer, 

y el amanecer no era. 

Busca su perfil seguro 

y el sueño lo desorienta. 

Buscaba su hermoso cuerpo 

y encontró su sangre abierta. 

¡No me digáis que la vea! 

No quiero sentir el chorro 

cada vez con menos fuerza; 

ese chorro que ilumina 

los tendidos y se mezcla 

sobre la pana y el cuero 

de muchedumbre sedienta. 

¡Quién me grita que me asome! 

¡No me digáis que la vea! 

 

No se cerraron sus ojos 

cuando vio la muerte cerca, 

pero las madres terribles 

levantaron la cabeza. 

Y través de las ganaderías 

hubo un aire de voces secretas 

que gritaban a toros celestes, 

mayorales de pálida niebla. 

No hubo príncipe en Sevilla 

que comparársele pueda, 

ni espada como su espada 

ni corazón tan de veras. 

Como un río de leones 

su maravillosa fuerza, 

y como un torso de mármol 

su dibujada prudencia. 

Aire de Roma andaluza 

le doraba la cabeza 

donde su risa era un nardo 

de sal y de inteligencia. 

¡Qué gran torero en la plaza! 

¡Qué gran serrano en la sierra! 

¡Que blando con las espigas! 

¡Qué duro con las espuelas! 

¡Qué tierno con el rocío! 

¡Qué deslumbrante en la feria! 

¡Qué tremendo con las últimas 

banderillas de tinieblas! 

Pero ya duerme sin fin. 

Ya los musgos y la hierba 

abren con dedos seguros 

la flor de su calavera. 

Y su sangre ya viene cantando: 

cantando por marismas y praderas, 

resbalando por cuernos ateridos, 

vacilando sin alma por la niebla, 

tropezando con miles de pezuñas 

como una larga, oscura, triste lengua 

para formar un charco de agonía 

junto al Guadalquivir de las estrellas. 

¡Oh blanco muro de España! 

¡Oh negro toro de pena! 

¡Oh sangre dura de Ignacio! 

¡Oh ruiseñor de sus venas! 

No. 

¡Que no quiero verla! 

Que no hay cáliz que la contenga, 

que no hay golondrinas que se la beban, 

no escarcha de luz que la enfríe, 

no hay canto ni diluvio de azucenas, 

no cristal que la cubra de plata. 

No. 

¡¡Yo no quiero verla!! 

 

 (De "Llanto por la muerte de Ignacio Sánchez Mejías" – 1935)

 

 

______________

 

Cuerpo presente

 

La piedra es una fuente donde los sueños gimen 

sin tener agua curva ni cipreses helados. 

La piedra es una espalda para llevar el tiempo 

con árboles de lágrimas y cintas y planetas. 

Yo he visto lluvias grises correr hacia las olas 

levantando sus tiernos brazos acribillados, 

para no ser cazadas por la piedra tendida 

que desata sus miembros sin empapar la sangre. 

Porque la piedra coge simientes y nublados, 

esqueletos de alondras y lobos de penumbra; 

pero no da sonidos, ni cristales, ni fuego, 

sino plazas y plazas y otras plazas sin muros. 

Ya está sobre la piedra Ignacio el bien nacido. 

Ya se acabó; ¿qué pasa? Contemplad su figura: 

la muerte la ha cubierto de pálidos azufres 

y le ha puesto cabeza de oscuro minotauro. 

Ya se acabó. La lluvia penetra por su boca. 

El aire como loco deja su pecho hundido 

y el Amor, empapado con lágrimas de nieve, 

se calienta en la cumbre de las ganaderías. 

¿Qué dicen? Un silencio con hedores reposa. 

Estamos con un cuerpo presente que se esfuma, 

con una forma clara que tuvo ruiseñores 

y la vemos llenarse de agujeros sin fondo. 

¿Quién arruga el sudario? ¡No es verdad lo que dice! 

Aquí no canta nadie, ni llora en el rincón, 

ni pica las espuelas, ni espanta la serpiente: 

aquí no quiero más que los ojos redondos 

para ver este cuerpo sin posible descanso. 

Yo quiero ver aquí los hombres de voz dura. 

Los que doman caballos y dominan los ríos: 

los hombres que les suena el esqueleto y cantan 

con una boca llena de sol y pedernales. 

Aquí quiero yo verlos. Delante de la piedra. 

Delante de este cuerpo con las riendas quebradas. 

Yo quiero que me enseñen dónde está la salida 

para este capitán atado por la muerte. 

Yo quiero que me enseñen un llanto como un río 

que tenga dulces nieblas y profundas orillas, 

para llevar el cuerpo de Ignacio y que se pierda 

sin escuchar el doble resuello de los toros. 

Que se pierda en la plaza doliente de la luna 

que finge cuando niña doliente res inmóvil; 

que se pierda en la noche sin canto de los peces 

y en la maleza blanca del humo congelado. 

No quiero que le tapen la cara con pañuelos 

para que se acostumbre con la muerte que lleva. 

Vete, Ignacio: no sientas el caliente bramido. 

Duerme, vuela, reposa: ¡también se muere el mar! 

 

(De "Llanto por la muerte de Ignacio Sánchez Mejías" – 1935)  


 

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Cheval fou (Sananes) 09/04/2013 19:39


Merci pour ces textes et aussi pour ton écriture.


JMS

Cristina Castello 31/05/2013 18:07



Merci à toi cher Jean-Michel. Je viens seulement de lire ton commentaire


Amitiés!


Cristina