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«Dépit/Despecho» Juana de Ibarbourou

Publié le par Cristina Castello

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Ah, que je suis fatiguée ! J’ai tant ri,

tant, que les larmes m’en sont montées aux yeux ;

tant, que ce rictus qui contracte ma bouche

est une trace étrange de mon fou rire.

Tant, que cette intense pâleur que je montre

(comme sur les portraits de vieille lignée)

vient de la fatigue du fou rire

Qui, dans tout mon corps, glisse sa torpeur

Ah, que je suis fatiguée ! Laisse-moi dormir ;

car, comme l’angoisse, la joie rend malade.

Quelle drôle d’idée de dire que je suis triste !

Quand me suis-je vue plus joyeuse qu’à présent ?

 

Mensonge ! Je n’ai ni doutes, ni envies,

ni inquiétude, ni angoisses, ni peines, ni désirs,

si dans mes yeux brille la rosée des larmes,

c’est parce que j’ai fait l’effort de rire autant…

 

©Traduction du castillan (Uruguay) : Denise Peyroche

 

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¡Ah, qué estoy cansada! Me he reído tanto,

tanto, que a mis ojos ha asomado el llanto;
tanto, que este rictus que contrae mi boca
es un rastro extraño de mi risa loca.
Tanto, que esta intensa palidez que tengo
(como en los retratos de viejo abolengo)
es por la fatiga de la loca risa
que en todo mi cuerpo su sopor desliza.

¡Ah, qué estoy cansada! Déjame que duerma;
pues, como la angustia, la alegría enferma.
¡Qué rara ocurrencia decir que estoy triste!
¿Cuándo más alegre que ahora me viste?

¡Mentira! No tengo ni dudas, ni celos,
Ni inquietud, ni angustias, ni penas, ni anhelos,
Si brilla en mis ojos la humedad del llanto,
es por el esfuerzo de reírme tanto...

 


©Œuvre : Odilon Redon   

 

 

 

 

 

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