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CRISTINA CASTELLO, le cristal : «Soif/Sed»

Publié le par Cristina Castello

 

club des poètes 19 mayo 2005

 

Sa mère,

 

Rosita Batmalle disait d'elle, lorsqu'elle était enfant, qu'elle ressemblait à un cristal, et c'était bien ainsi qu'elle l'appelait. Ceux qui connaissent Cristina Castello en personne ―Parmi lesquels, l'auteur de ces lignes ―, savent que Rosita ne s'est pas trompée. Cristina possède en même temps la fragilité et la dureté des cristaux. Elle est forte et faible, blindée et vulnérable, diabolique et angélique. Tout comme sa poésie, qui caresse et frappe, en un seul geste d'amour et d'insoumission ; tout comme sa voix à l'heure de réciter (ses poèmes et ceux d'autrui), toujours vigoureuse, mais toujours aussi brisée par le sentiment ―que ce soit de la pitié, de la joie ou de la douleur ―, qui nous pénètre jusqu'à la moelle des os ; tout comme sa prose journalistique (presque poétique, d'ailleurs), qui se bat à coups de poing contre les réalités misérables de ce monde, des coups de poing qui deviennent des embrassades quand la vie ―très peu souvent, c'est vrai ― laisse affleurer un acte de tendresse, d'amour, de compréhension ou de lumière. Tout cela se voit particulièrement dans les plus de trois mille interviews qu'elle a réalisées pour la presse, la radio ou la télévision, genre qu'elle maîtrise à la perfection. Cristina Castello est peut-être le meilleur interviewer du pays, elle a même donné des cours à des dizaines de jeunes étudiants en journalisme qui l'admiraient à l'époque, et l'admirent toujours fervemment aujourd'hui. Et c'est que, dans les interviews, Cristina ne pardonne pas quand il ne faut pas pardonner, mais elle s'abandonne doucement par contre lorsque son instinct ―ses dons de « bonne petite sorcière» tel qu'elle le dit ― lui indique qu'il faut bien le faire, car l'être humain qu'elle a en face d'elle est précisément cela, un être humain, rara avis au milieu de la médiocrité et la bêtise du siècle des « machines intelligentes », ces mêmes machines qui, paraît-il, ont dispensé l'homme de l'obligation, de la responsabilité et du bonheur (qui devient pourtant pas mal de fois malheur) de penser.

Cette belle femme (belle en corps et en âme), mondialement connue grâce à sa non moins belle page Web [www.cristinacastello.com], vient de publier un recueil de poèmes dont certains ont déjà été diffusés sur son site, ou bien par des milliers de liens qui renvoient à celui-ci. Quelques-uns de ces poèmes étaient parus également dans différentes anthologies éditées, et d'autres dormaient encore dans l'intimité de son ordinateur, dans l'attente de quelque circonstance, de quelqu'un ou quelque chose qui les réveille et les fasse voler en tant que vrais oiseaux (puisqu'ils le sont) : des colombes de la paix, des aigles de la guerre ou des rossignols de l'amour, selon les destinataires ou les sujets. Et c'est précisément cet ordre d'êtres ailés qui commande tacitement la succession des titres ordonnés en trois séries (ou « mouvements »), sous trois austères nombres romains qui, tout comme l'Oracle de Delfos, suggèrent, mais ne déclarent pas.

Des « pigeons de la paix » : Musique/de toasts craqués/avec dents de lait/Bonheur de cristal au soleil/L'imagination insomniaque/Dort avec les oiseaux/Surfils de vol (« Rosée »).

Des « aigles de la guerre » : La mort se maquille/S'habille Se réjouit/Caresse des faux/En bonheur des cloches/en gourmandise des yeux enfants/et affamée de vivre/L'organisent la fête/les satans du Pouvoir/La mort ressentie veille, /d'âmes rosée de cristal/La mort veut Empire/de cosmos et non cosmos/Servitude de morts/qui berce son poignard… (« Imminence »).

Des « rossignols de l'amour » : Renaître en toi/Mon nouvel homme. / Tout entière, moi, je te débute. /Tu émigras de ta terre/Des sommets et des phares/Et tu me débutes à nouveau/Vie. /Tu immigras à mon âme/Libre. /Dépeuplée finalement/De l'absence/Qui nicha de la substance vivante. / Maintenant/Toi. /Transparent. /Je te débute/Comme la veille.  (« Début »).

Le livre de poèmes dont on parle s'appelle « Soif » et il a été publié en édition bilingue (français-espagnol) par la maison d'édition de Paris L'Harmattan, dans sa collection Poètes des cinq continents. Les illustrations ont été réalisées exclusivement pour « Soif » par Antonio Seguí, célèbre peintre argentin demeurant à Paris.

À la manière d'une narratrice de l'ancienne tradition orale, ou d'un troubadour du Moyen Âge, Cristina Castello n'avait pas encore laissé de trace écrite de son travail, à l'exception des anthologies déjà citées, qui reprennent des parties dispersées de son œuvre. Discrétion ? Modestie ? Intimité ?  Besoin ? Hasard ? Quoi qu'il en soit, il s'agissait d'une « injustice poétique », remédiée à temps par son opposé qui est, pour ainsi dire, l'acte de justice que la Poésie exerce vis-à-vis de tous les vrais poètes. Cristina Castello fait partie de la race des Baudelaire, des Machado, des Withman ou des Donne, tel que sa soif, sa « Soif » le confirme, désormais, de manière indélébile.

 

     Sara Braff                                                 

                                 Publié dans « Buenos Aires Times», février 2005

 

Site: http://www.cristinacastello.com / Blog:  http://www.cristinacastello.fr / https://www.facebook.com/cristina.castello3 / https://twitter.com/CrisCastello01

 

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