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Cristina Castello : L'Oiseau de Feu

Publié le par Cristina Castello


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Frêle comme l’oiseau, ardente comme la flamme, telle est Cristina Castello. En elle, toute la sensibilité de l’artiste, toute la puissance de la passion. Rencontre marquante s’il en est que celle de la journaliste et poétesse, Argentine par naissance, Parisienne par amour. Rencontre d’abord avec un regard : regard de braise, intense et aux aguets. Telle est Cristina Castello, intensément présente au monde et aux êtres.


Cristina Castello : journaliste ? Poète ?

"J'ai travaillé comme journaliste il y a bien des années.
Je suis personne.
Je suis poète.
J'ai soif."


"Soif", c’est aussi le titre de votre premier recueil de poèmes en bilingue (français-espagnol) paru aux éditions L’Harmattan en 2004. Quel sera le prochain ?

Le deuxième recueil, dont le nom n’est encore connu que pour l’éditeur et cinq grands poètes en France, annonce des tempêtes aux mots écrits.

Des tempêtes ?


Oui, l’amour envers l’humanité, c’est une tempête. L’amour érotique, c’est une tempête. Je ne peux pas vivre sans mon intensité : je brûle dans mon propre feu.

Vous avez parlé un jour de votre "impératif des yeux toujours ouverts". Quel regard portez-vous sur la vie ?

Donner de la chaleur, de l’énergie aux autres, les aider, leur permettre de mieux vivre, c’est ce qui motive le fait que je sois sur cette terre. Le regard des autres, s’il se pose sur moi avec bienveillance, je souris en retour, si le regard
des autres m’agresse, je continue… Pour moi, le chemin est aussi important que l’arrivée. Je vais selon mes convictions, avec mon cœur et ma plume, mes textes défendent la dignité de la vie, la liberté et sont un hommage à la beauté. Rien, ni personne ne se mettra en travers de cette route qui est la mienne.

 
"Je est un autre", ces mots de Rimbaud m'amènent à vous demander : et vous ?

Cette valeur de la vie, ou la vie comme une valeur, c’est aussi mon ressenti. Vous savez, tous nous avons dans la vie un, deux ou davantage de moments de rupture. Faits heureux ou malheureux, qui marquent une fracture, à partir de laquelle il y a un "avant" et un "après". Dans ma vie, il y en a eu plusieurs. La mort est tombée amoureuse de moi, bien des fois ; j’ai subi un très grave accident de la circulation, et d’autres "beautés". Là, j’ai connu les abîmes. Mais surtout, j’ai connu et je ressens le bonheur de m’en être sortie, enrichie. Après m'avoir fait traverser des expériences terribles, la vie m’a montré sa main caressante. Vous savez… Toujours, au plus profond de l'obscurité, l'aube apparaît, obstinée. Je suis pleine des fragrances de l’existence, vécue comme une action créatrice et fraternelle envers mes semblables. Mission accomplie et à continuer d'accomplir en écrivant la poésie pour me livrer à mes semblables, armée des mots.

Luxe-Magazine consacre un dossier à votre pays, l'Argentine. Parlez-nous de votre ville, Buenos Aires, et de ses "sœurs" européennes ?


Buenos Aires est un kaléidoscope. Quelques prismes la montrent semblable à Paris, à Rome, à Madrid... D’autres, la dévoilent comme l’un des lieux les plus désemparés de l’univers. Elle possède un mouvement culturel très intense, et de grands artistes la peuplent, mais il lui manque les siècles d’histoire de l’Europe. C’est une ville et c'est mille villes. À la ressemblance de tant de ses femmes, belles et élégantes - les plus belles du monde ? -, elle a un visage et mille visages. Comme cela nous arrive lorsqu’on se regarde dans les miroirs déformants des parcs de divertissements, les touristes tombent amoureux de ce que leurs yeux observent dans la danse de ses prismes.

Les visages, lumineux ou obscurs, de Buenos Aires ?


Buenos Aires est une ville pleine de contrastes. L’opulence contre la nécessité, et cela - des millions d’âmes sans abri, "grâce" aux gouvernements qui ont aliéné le pays -, plutôt que "mauvais", est terrible. Comme il est aussi terrible que certains lieux de la ville - le centre ville, par exemple -, sauf exceptions, aient perdu leur identité. Ce qui est extraordinaire; ce sont ses artistes et ses scientifiques, ses galeries d’art et ses librairies, ainsi que les êtres anonymes qui affrontent les pénuries quotidiennes et qui construisent des projets. Les liens solidaires qui existent encore malgré tant de combats sociaux, et la nuit - insomniaque dans plusieurs coins de la ville - qui nous accompagne, à l’aube, dans le dialogue entre copains, le dernier pot à la main... Cela est aussi extraordinaire. Si je ne tiens pas compte de la multiplicité des chromatismes de ce kaléidoscope et que je choisis ce qui est le plus beau, selon moi, l’inventaire est inépuisable : ses parcs et ses promenades, ses avenues, ses quartiers aux physionomies tellement différentes les unes des autres, ses boutiques - comme celle de María Boneo où je m'habille -, artiste du dessin qui est à la hauteur des meilleurs artistes de Paris, boutique placée justement dans l'un des coins parisiens de Buenos Aires ; de cette ville avec ses bons restaurants, ses repas les plus savoureux du monde, élaborés d’après les recettes typiquement argentines ou suivant la tradition de la cuisine internationale. L’habitant de Buenos Aires, "le porteño", est un bon vivant qui attend les temps les meilleurs pour que la ville sourie.

Dans quel quartier habitez-vous à Buenos Aires ?


J’ai toujours demeuré sur l'Avenue Alvear, qui est la plus élégante et la plus huppée de Buenos Aires et de "La Recoleta". À présent, je développe mes rêves, c’est-à-dire que je vis à 40 mètres de l’hôtel Sofitel, presque au coin des rues Arroyo et Juncal. Il y a des gens qui disent que je suis une artiste…. qui aime vivre comme une bourgeoise. Je ne le crois pas. J’aime la beauté, vous le savez bien. La beauté contenant l’éthique et l’esthétique. Je ne peux pas vivre au cœur de la laideur. Je voudrais que l'égalité pour tous se fasse "par le haut" et non par le nivellement.

Vous vous partagez entre l'Argentine et la France, et vous voici de nouveau parisienne depuis peu. La France aura-t-elle la primeur de votre prochaine publication ?


Oui. La France est ma patrie du cœur. Ça sera à Paris. Paris, que j’aime tant. J’aime sa dignité de fleur sauvage et sa fierté d’aurore. Mes pas dans ses rues ne sont point des pas mais des traces, un sillon, une interrogation, une confiance, et ces yeux-là. Paris me fait resurgir, verdoyante.

Quel est pour vous le comble du Luxe ?

Ne me consacrer qu’à écrire la poésie, ce qui signifie aussi lutter pour la paix, la liberté et la valeur sociale de la félicité de tous et partout, car mes poèmes y sont engagés. Voir les yeux souriants des enfants et des petits vieux. Me reconnaître toujours dans les rues de Paris. Savoir que j’ai contribué à "changer la vie".

Et le Luxe dont vous ne sauriez vous passer ?

C’était dit : l’art et la vérité. Personne ne peut vivre sans ses ailes.


Septembre 2009

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