Partager l'article ! Martínez de Hoz . Deuxième partie: &n ...
Martínez de Hoz ou le faciès de
l'effroi
Suite
par Cristina Castello
Martínez de Hoz et Carlos Menem, le président néolibéral (1989-99),
qui a fait tomber l’Argentine à un abîme sans final
« Le général Videla a une grande morale »
- Pourquoi vous soumettez-vous à cette entrevue ?
- Parce que je crois qu'il est important d’échanger des avis et donner des explications sur les circonstances, que tous ne connaissent pas.
- Si quelqu'un a la conscience en paix, il se doit de donner des explications, sans aucun refus ?
- Mais oui… Clairement...
- Ce n'est pas le cas de Jorge Rafael Videla, qui ne reçoit pas les journalistes malgré la somme de tant de morts de par sa responsabilité.
- Non ! Non ! L'attitude de Videla à l'heure actuelle est d'une grande discrétion ; il est digne de tout éloge et devrait être célébré.
- Bien sûr… Il a conçu le mondial de football 1978, soupçonné de « vendu » et en accord avec le Nord… alors que « Miss Univers fut aussi une femme argentine. Et tandis que la devise du gouvernement fut « nous sommes droits et humains », il ensemençait la mort...
- Non, non, permettez-moi de diverger d’avec vous. J'ai lu beaucoup de commentaires - non seulement de l'aspect économique - relatifs au gouvernement de Videla, qui certifient qu’il a respecté tous les droits humains.
- S.v.p., votre avis sur la procédure de jugement sur les membres des trois premières juntes militaires du prétendu nommé « Processus de Réorganisation Nationale »
- Je vous avais informé que je ne veux pas en parler. Et je n’en parlerai pas.
- Définissez Videla s'il vous plaît.
- Le Général Videla est un grand patriote, il a une grande hauteur morale, c’est un homme intègre dans ses actions et il possède un grand équilibre.
- « Patriote » un homme dont son gouvernement a fait disparaitre 30.000 personnes, il y a eu des tortures et des gens arrêtés dans des conditions sous-humaines, sans processus judiciaire, et sans causes?
- Regardez ! Je vous ai déjà dit que je ne veux pas entrer dans ces sujets parce qu'ils seront débattus dans d'autres sphères. J'ajouterai seulement que nous ne devrions avoir un manque de mémoire ; et que nous rappelions comment a commencé cette situation en Argentine. Tout est né lorsque l’on a enlevé les instruments légaux pour la répression des activités illicites, comme le terrorisme : donc, dans l’année ‘73, les terroristes ont été amnistiés et sont retournés à leurs incursions. Ainsi s’est ensuivi que durant beaucoup de temps, les habitants -depuis les plus modestes jusqu'aux plus élevés- ont souffert des excès de la subversion, avec des morts, blessés et disparus.
- Vous appelez « excès » à la répression, la torture et la mort. Outre que le terrorisme d'État ne peut être comparé à rien. Donnez-moi une seule raison - rien qu'une- qui justifie un génocide, s'il est vrai que vous êtes un être humain…
- Écoutez... j'ai eu un sous-secrétaire de travail mort : Miguel Padilla ; et rappelez-vous aussi les cas des docteurs Klein et Alemann, ceux qui se sont sauvés par miracle, ainsi que la mort du père du docteur Soldati, et...
- J'insiste sur la question précédente.
- Ce que je veux dire - et je ne souhaite pas continuer à parler de ce sujet - c’est que parfois un pays commence à sentir une attaque très forte et difficile à contrôler ; c’est alors quand l'autorité du gouvernement - en défense de l'ordre social établi - protège la vie et les droits humains. Ce fut, les faits passés : on a protégé la vie de vingt-huit millions d'argentins, contre une minorité qui les a mis en alerte.
- Justifiez-vous qu'un homme en tue un autre ?
- Bon... quand les citoyens d'un pays sont attaqués par le terrorisme, il y a quelque chose qui s’appelle légitime défense ?
- Dites-vous que faire « disparaître » des personnes comme l'argument de la légitime défense ?
- Je ne tiens pas à entrer dans les détails.
- Détails ?
- Oui, on ne peut pas mettre sur un plan d'égalité le terrorisme qui tue des gens innocents et le gouvernement qui l'a réprimé en faveur de la défense de l’ordre et de la vie de la population. Ensuite, il peut s’ensuivre une longue discussion sur la forme de la répression... mais je ne veux pas entrer dans ce sujet.
- Pourquoi ?
- Parce que ça ne m’appartient pas.
- Je demande votre regard comme citoyen....
- Je vous ai dit que mon entrevue d'aujourd'hui était pour d'autres choses et c’est ainsi que nous l'avons convenu. En outre, ce sujet va être résolu dans la juridiction qui correspond, selon l’'accord que lui a accordé ce gouvernement.
- Voyons, racontez-moi des droits humains...
- Je vous ai déjà dit quel est mon avis... Qui furent ceux qui ont commencé à attaquer les droits humains et la vie ?
- Docteur... je l'ai déjà dit, quand la répression est exercée depuis l'État, sans la Justice, avec la totalité du pouvoir et...
- Bon... il faut voir s'ils (les personnes massacrées) étaient innocents. Oui... ils peuvent avoir eu des excès...
- On ne peut pas parler d'« excès » tant que la vie est en jeu…
- Mais... vous essayez de m'entraîner dans cette même situation où j'ai prévenu dès le début que je ne voulais pas l’aborder.
- Je me souviens de l'image de Videla à la télévision, quand il communiait tous les dimanches à la messe…
- Oui ? Très bien ! Pourtant, je ne
veux pas entrer dans cette discussion, dans laquelle vous voulez m'entraîner. Pardonnez-moi, mais ceci se termine (Martínez de Hoz se met debout
tandis que je continue à le questionner).
Jorge Rafael Videla et Ernestina Herrera de Noble.
Elle est la propriétaire du multimédia « Clarín ». Elle est accusée d'avoir falsifié les documents qui lui ont permis
d'adopter deux des enfants fils des personnes « disparues ».
« La liberté, l'amour et une place au le ciel pour Videla »
- Avez-vous voté, docteur ?
- Oui.
- Pour qui ?
- Le vote est secret, vous n’en tenez pas compte ?
- Vous aviez dit que vous voteriez pour le parti avec lequel vous vous sentiriez représenté... En avez-vous trouvé un ?
- Certainement dans la dernière élection il n'y était pas. Mais je crois que les gens ont voté pour quelque chose nouveau... et le seul visage et le seul style nouveau furent celui du docteur Alfonsín. C'est la raison pour laquelle je vous disais que les années du processus ne sont pas passées en vain.
- Indubitablement : il y a des mères qui ne récupéreront pas leurs fils, des enfants qui grandissent avec les assassins de leurs pères et...
- Bon, mais il est vrai qu'il y a aussi des erreurs des argentins. Et il y en a trois fondamentaux. Un est le dogmatisme excessif étrange à la réalité, qui fait que les dogmes soient inapplicables. Comme le vôtre...
- Si défendre la vie, la vie de tous, est d’être dogmatique, le Christ l'a été...
– Ceci est votre avis. La seconde chose que je voulais vous dire est la tendance à tout simplifier ; et le troisième point est d'administrer la chose publique avec le sens de court terme. J'espère qu'avec cette élection on obtienne la cohérence.
- Aujourd'hui on parle d’« Unité nationale », y croyez-vous ?
- Je crois que de la discussion féconde naissent les bonnes idées... mais là les
divergences sont transformées régulièrement en injures. Dans ce pays on lance des insultes auxquelles on ne soutient pas les mêmes idées - pour
éliminer l'adversaire – c’est appelé un « vend-patrie »
- Et vous avez nommé « subversif » tout ceux qui ne pensent pas comme vous....
- Ce que je veux dire c’est qu'il y a des gens qui croient avoir le monopole du patriotisme, de la vérité et de l'éthique et que cela est hautain. Il faut partir du principe que chaque argentin mérite le respect.
- Comment avez-vous respecté les vies dans les champs de concentration ?
- Je ne veux pas retourner à ce sujet.
- Docteur... Qu’est-ce que la liberté ?
- C'est la caractéristique de base que Dieu a donné à l'homme. Sans liberté il n'y a pas de vie, c'est la valeur maximale qu'il faut défendre.
- Mots curieux dans votre bouche. Est-ce qu’il y a eu cette liberté entre les années ‘76 et ‘83 ?
- Oui, et beaucoup plus ! Les projets dans les secteurs politique, économique et social étaient basés sur la liberté.
- Excusez-moi, ceci paraît être un dialogue entre quelqu'un qui parle en sanscrit et un autre en japonais. Quelle est votre opinion sur l’actuel ministre d'économie, Bernardo Grinspun ?
- Je lui souhaite le meilleur des succès.
- Que penses-vous des politiciens que...?
- Je ne veux pas faire de jugements sur aucune personne.
- Alors, qu’est-ce que l'amour ?
- C'est un sentiment originaire qui fait qu'une personne accorde comme plus important que sa propre personne à celle d’autrui.
- Avez-vous aimé en tant qu’autrui... le peuple ?
- J’aime le peuple.
- Et qu’est-ce que vous ressentez quand ce peuple vous hue et vous déteste ?
- Regardez, les gens dans la rue, ils montrent solidarité et sympathie et ils me rappellent tout autant que nous vivions bien à cette époque-là. En outre, tous nous devons apprendre parce que les militaires n'ont jamais agi seuls.
- Voilà la seule chose où nous ayons un point commun : le « peuple » fut complice. Comment vivez-vous aujourd'hui ?
- Je travaille dans des affaires familiales et dans des consultations de problèmes légaux ou économiques. Mais... excusez mais : c’est déjà l’heure de terminer ceci.
- Quand vous mourrez irez-vous au ciel ou en enfer ?
- Le seul qui peut garantir cela est Dieu, mais je fais mon possible pour la remplir avec Lui et avec la société.
- Et Videla quelle place aura-t-il dans « l’au-delà » ?
- Si j'étais dans le lieu de Dieu, en connaissant Videla comme je le connais, je ne douterais pas de lui donner le ciel.
- Alors j’imagine un ciel dégagé… la plupart déménagerait au ciel d'en face...
- Vous vous trompez avec Videla.
- Non, docteur. Il y a des personnes qui parient pour la vie et d'autres qui parient pour la mort. Je parie pour la vie.
- Moi aussi.... Qu'est-ce qui vous en fait douter ?
Cristina Castello
Publiée dans la revue « La Semaine » Buenos Aires – Argentine le 29-12-83 www.cristinacastello.com