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Monseigneur Antonio José Plaza

Amen

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Par Cristina Castello

 






                                                          Extrait de l'article de C.C


Les prêtres et les policiers tortionnaires

 

— Quelle attitude avez-vous assumé vis-à-vis des prêtres détenus ?

— Ici à La Plata, il n'y avait aucun détenu.

— Un prêtre espagnol qui a sauvé sa vie, car il était étranger m'a raconté qu'il avait été dans la prison de La Plata et que...

— Ah, je ne sais pas, je ne suis jamais allé à la prison.

— Il a dit que le père Callejas, l'aumônier de la prison, sensible aux souffrances des prisonniers politiques, leur donnait de l'argent officieusement, mais...

— Voilà, je n'en sais rien, ça, c'est quelque chose à lui...Pourquoi ne lisez-vous pas le catéchisme dont je vous ai fait cadeau ?

— Monseigneur : le curé espagnol m'a aussi dit que quand les militaires vous ont raconté cela, vous avez destitué Callejas.

— Des mensonges, des mensonges!...Callejas est mort en décembre et il était chanoine de la Cathédrale de la Plata.

— Que pouvez-vous me dire du père Hapon ?

— Bon alors, le père Hapon est parti vers le Sud du pays. Mais... tu as de beaux yeux, Petite Cristina !

— Pourquoi est-il parti ?

— Parce qu'il est tombé amoureux d'une femme -les femmes sont toujours les coupables- et il s'est marié avec elle. Mais je t'ai donné le catéchisme, tu ne le lis pas et tu es là et tu fais comme une montre à répétition : tu poses des questions, et tu recommences. Je te lance des compliments et tu continues avec ta litanie... Tiens, prends un bonbon !

— Monseigneur : le Père Hapon a permis à un couple poursuivi par les forces de la répression de s'abriter dans l'Église et...

— Je n'en sais rien...

—...Et quand les militaires ont exigé la tête du Père Hapon vous l'avez laissé livré à leurs forces. Vous avez refusé de le protéger : c'était le condamner à mort...

— Non, non, pas du tout. Il était parti vers le Sud, là-bas il avait fondé une école et il s'est marié... je ne l'ai pas tué, moi non plus.

— Je ne vous vois pas tuer une personne de vos propres mains.

— Non, je ne tue personne : ni de mes propres mains ni indirectement.

—, Mais vous avez dit une fois que « non seulement celui qui vole un escalier est coupable, mais que celui qui l'aide est aussi coupable ».

— Oui, c'est vrai... comment se fait-il que vous possédiez tant d'informations sur moi... vous faites partie des « groupes de travail » (les forces de la répression) ? (Monseigneur rit, il rit). Oui, si vous allez voler un escalier et que moi, je soutiens cetescalier de mes deux mains, je suis aussi coupable que vous.

— Acceptez-vous votre culpabilité ?

— Ah, non, ma petite Christine... je n'ai soutenu aucun escalier à personne. (Il cherche quelque chose dans la partie inférieure du bureau)... Veux-tu un whisky ?

— Non, merci. Les évêques, eux aussi, ils mentent ?

— Nous les évêques, nous pouvons nous tromper parce que nous sommes des êtres humains.

— Se tromper n'est pas la même chose que mentir. Comment se fait-il que vous ne sachiez pas qu'il y avait des camps de concentration ?

— Je ne le savais pas.

— Il y avait...

— Ah... je ne le savais pas... Tiens, voilà... pauvres gens, n'est-ce pas ?

— Et en plus, il y avait des détenus attendant le procès...

— Hélas!... (Il fait mine d'innocent)... Pauvres...Ils te font de la peine ?

— Le 9 juillet de 1978 vous avez reçu une requête d'Amnesty International signée par son président Scott Hoffman où l'on vous demandait des informations sur ce qui se passait dans le pays à ce moment-là. Vous avez répondu : « Je vous assure qu'en Argentine il n'y a aucun détenu politique... » Vous en êtes-vousrepenti maintenant ?

— Je n'ai pas dit ça...

— Alors que dites-vous de cela (je lui montre la photocopie de la requête et sa déclaration) ?

— Eh bien, oui...Mais quelle fille questionneuse ! Oui, je savais qu'il y avait des détenus mis à la disposition du Pouvoir Exécutif. Évidemment... mais je n'allais pas les voir, car c'était l'aumônier qui y allait.

— Et quelle était l'attitude des aumôniers face aux crimes et aux tortures ?

— Eux, ils faisaient ce qu'ils devaient faire : ils les réconfortaient moralement.

— Voilà ! Vous avouez donc qu'il y avait des tortures et des morts...

— Je n'avoue rien.

— Les aumôniers alors, pourquoi n'ont-ils jamais élevé la voix en défense du droit à la vie ?

— Eh bien... ils ne faisaient qu'accomplir leur devoir et le devoir sacré du prêtre est de ne pas communiquer les choses qui se passent. Ce sont les secrets du métier...

— Ce que vous dites défie le sens commun et le respect de la vie. Comment ne peuvent-ils pas agir s'ils voient des êtres humains torturés et tués ?

— Vous parlez d'un cas hypothétique.

— Je suis en train de parler des prisons et vous avez avoué que les aumôniers y allaient...

— Je n'ai pas la certitude qu'ils y allaient. Ce qu'ils faisaient c'était se déplacer à l'Unité 9 de La Plata (province de Buenos Aires). Là, il y avait des détenus politiques mis à la disposition du Pouvoir Exécutif.

— On parle de la même chose et il y a un instant vous avez, de vos propres mots, reconnu,  qu'ils réconfortaient moralement...

— Et alors ? Êtes-vous sûre qu'on torturait ces détenus politiques-là ?

— Voyons, on sait que pendant qu'on torturait quelqu'un, il y avait toujours un prêtre devant...(Le Père Andrés, le secrétaire de Monseigneur Plaza, qui était là par hasard, s'est exclamé d'horreur).

— Non, ça, c'est un mensonge, une infamie.

— On dit aussi qu'en 1976 dix aumôniers se sont réunis pour décider s'il était correct d'absoudre les tortionnaires. Neuf — neuf ministres de Dieu — sur dix ont voté par l'affirmative. Ils excommunient ceux qui divorcent et ils bénissent les tortionnaires...

— Je n'en sais rien ; c'est la première fois que j'en entends parler. Mais je vous dis que s'il y a quelqu'un qui se repentit et qui promet de ne plus le faire, il faut l'absoudre.

— Comme s'il avait commis un péché quelconque, comme s'il avait dit un mot obscène ?

— Il n'y a pas de mots obscènes, mais... (Il rit)... il y a des noms de famille qui semblent être des mots obscènes.

— Par exemple ?

— (Le Premier Ministre Dante) Caputo (il rit beaucoup). (« puto » : en Argentine en langue populaire, gros mot au masculin qui signifie « Homosexuel»).

Les mains ensanglantées

 

— Parlez-moi de votre amitié avec Camps...

— Il était le Chef de la Police et moi, le Premier Aumônier ; je le connaissais depuis qu'il était Major. Mais... des amis... je peux dire que je connais quelqu'un. Mais que je le considère mon ami, ça non.

— Je vous rappelle vos propos : « Je suis l'ami de Camps -l'avez-vous dit —, mais ce n'est pas un crime ». Quelles affinités aviez-vous avec lui ?

— Ces paroles qu'on me fait dire, ne sont que des bêtises. Vous avez le droit de penser autrement, mais je dis la vérité.

— Vous avez dit que, lors une certaine occasion, vous aviez vu que Camps avait les mains ensanglantées. Qui avait été sa victime ?

— Il venait de commander une opération militaire, un affrontement contre des guérilléros, puis, il est venu me voir. Oui, il avait les mains ensanglantées, c'est vrai.

— Et vous ne lui avez demandé aucune explication ? Vous ne lui avez rien reproché ? Vous ne l'avez pas dénoncé ?

— Pourquoi allais-je le dénoncer ?

— Appelez-vous des affrontements le fait de séquestrer des personnes la nuit, y inclus des enfants ?

— Oui, oui, oui et le policier qui était à côté de Camps est tombé blessé.

— Monseigneur...Défendre la répression c'est la soutenir...

— Ce n'est pas vrai. L'évêque de la province de San Juan l'a déjà dit : il y a un complot pour me discréditer.

— Pourquoi ne contestez-vous pas ces injures ?

— Parce que je l'ai déjà fait une fois et que je ne suis pas une montre à répétition.

— Comme homme de l'Église, qu'avez-vous fait en faveur de ces gens persécutés ?

— Tout ce que je devais faire, mais je ne peux pas en parler.

— Quel est votre avis par rapport aux organisations pour la défense des droits de l'homme ?

— Elles n'agissent pas en toute sincérité. Ernesto Sábato, vous le croyez absolument sincère ? (Monseigneur rit aux éclats). Mais Sábato, lui, il déjeunait avec Videla, n'est-ce pas ? (Il rit comme si on lui chatouillait les côtes) Voyons, c'est très bien, vous êtes très jolie et très sympathique, mais ça, c'est fini.

 — Ne croyez-vous pas à la CONADEP (Commission pour enquêter sur la disparition forcée des personnes) ?

— Non..., c'est une commission inutile... elle a été constituée arbitrairement.

- S'il vous plaît, pourriez-vous me dire ce que vous pensez des Mères et des Grands-mères de Plaza de Mayo...

— Je ne veux pas parler d'elles. C'est fini...Voulez-vous un café, ma belle fille ?

— Ne trouvez-vous pas significatif qu'elles ne se soient jamais adressées à vous en quête de consolation ?

— Non, car elles l'avaient obtenue ailleurs...

La polémique relation d'amitié entre Herminio Iglesias et Monseigneur

 

— L'Église a négligé l'aspect spirituel et s'est concentrée sur le pouvoir politique ?

— Non, nous avons une Église spirituelle qui s'occupe aussi des affaires temporelles et politiques.

— C'est fou, ce monde ! Au nom de Dieu et de l'amour une mère accouche deson enfant et en invoquant Dieu et l'amour on commet les pires crimes...

— C'est qu'il y a des personnes qui invoquent Dieu et pourtant ils agissent autrement.

— De même que vous ?  

—Mais non...Comment est-ce que tu peux penser cela ?

— Que pensez-vous de la position prise par l'Église par rapport aux droits de l'homme ?

— (Il regarde par la fenêtre)...Regarde comme il pleut.

— Il pleut, Monseigneur. Selon la théologie thomiste, la véritable Église se reconnaît par les persécutions dont elle est l'objet. La persécution, existe-t-elle aujourd'hui ?

— Les journalistes me talonnent tout le temps, donc je dois être bon. (Il appelle son secrétaire et lui demande une Bible. Il me la donne). Tiens... lis-la...Je t'en fais cadeau...Voyons si tu apprends quelque chose, voyons si tu iras au ciel...Tu as besoin de la lire.

— Qu'est-elle devenue votre amitié avec Herminio Iglesias ?

— Il est venu me voir quand il allait se présenter comme candidat à la vice-présidence de la Nation. Amerise et son groupe l'accompagnait. Il a demandé mon avis concernant un monsieur qu'il voulait proposer comme Ministre de l'Éducation. Je lui ai répondu qu'il me paraissait bien. Puis la Presse a publié que j'appuyais sa candidature, c'est du blablabla. Il n'avait pas été le seul à venir ici, Balbín et Anselmo Marini -auquel je suis encore lié d'amitié- sont aussi venus me consulter et...

— Vous êtes toujours tout près du pouvoir...

— Ce n'est pas vrai. Quand j'ai eu quelque chose à dire à quelqu'un, moi, je l'ai fait.

— Êtes-vous péroniste ?

— Je ne suis ni péroniste ni anti-péroniste. (Il se met debout, il me sourit) Regarde, quand tu es arrivée,  je t'ai offert des cigarettes, après quoi, je t'ai fais cadeau d'un catéchisme et d'une Bible ; et quand tu quitteras mon bureau, je te donnerai une bise. J'aime tous les êtres humains et toi, tu es une très belle fillete, tu es très sympathique...C'est pour cela que je te donne des cadeaux…

— Je suis une Pro… Sympathique ?

— Oui, parce que tu dis tout ce qu'il te vient à l'esprit. Prépare-toi bien pour aller au ciel puisqu'on va y aller ensemble...

— Je le trouve bien difficile. Si vous pensez -comme votre ami Camps- que nous les journalistes, nous sommes tous des subversifs...

— Il a peut-être raison. Pas tous, mais quelques-uns... donc (menaçant)… pense un peu à toi, ma belle fille.

http://www.cristinacastello.com

 

Entrevue publiée dans la Revue La Semana, le 5 avril 1984

Buenos Aires, Argentine

Le texte postérieur, en guise d’introduction, date du 10 février, 2002

 

« Genocidio: Los vuelos de la muerte » (« Génocide: Les vols de la mort »)

«Galería de torturadores y asesinos argentinos »  (« Galerie de tortionnaires et assassins argentins »)

      « La Iglesia cómplice y la Iglesia del Pueblo »,  (« L’Église complice et l’Église du Peuple »), et cetera

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Mercredi 4 juin 2008 3 04 /06 /Juin /2008 07:56
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