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Amérique Latine : Des « gauches » renaissantes

Publié le par Cristina Castello

 

       Des « gauches » renaissantes ou des gauches liquéfiées ? 

 

                                                                   Par Cristina Castello

01-copie-1.jpgD’après le regard de George W. Bush, l’Amérique Latine est possédée par le démon à cause des « gauches ». S’agit-il des « gauches » ou seulement en est-il des voix qui s’opposent à la « mondialisation » au nom de laquelle on tue aussi bien vies que rêves ? S’agit-il de « gauches », ou n’est-ce avec l’excuse de vivre, que résistance spirituelle envers tout ce pour lequel nous mourons ?




Il y a dix-huit ans, Francis Fukuyama a écrit sa chronique « La fin de l’histoire », qui fut à l’origine du livre « La fin de histoire et le dernier homme », où il annonçait la mort du communisme et des idéologies.

 

 
En réalité, cet homme de science politique américain inaugurait l’idéologie du « néo-libéralisme », celle du dieu Marché. On commençait l’étape de la « reaganomic », expression rapportée à l’économie du pays de Reagan, qu’il a voulu développer de l’Alaska jusqu’à la « Terre de Feu » (Tierra del Fuego), avec la collaboration de Margaret Thatcher depuis sa Grande Bretagne.

 

 
 
Tandis qu’il était le Président de l’Empire Américain, il ne se refusait pas de rêver de son passé de très mauvais acteur de cinéma, ni pour le moins de dormir : « J’ai déjà dit à mes collaborateurs qu’ils doivent me réveiller quand il se passe quelque chose d’important, même si je suis en réunion de cabinet » (sic). La Dame de fer, pour sa part, s’ingurgitait de sacrées rasades de whisky, qui l’avaient peut être poussée à danser « Paquito el chocolatero », devant le légendaire flegme tout british de ses ministres, ceci en pleine guerre des Malouines.

 

 
 
Cependant, malgré siestes et alcools, cela n’avait rien de mal ni pour Reagan ni pour Madame Thatcher.
Et le néo-libéralisme, tout en continuant à gagner du terrain, jusqu’en Europe, s’est propagé à l’ensemble de l’Amérique du sud avec l’Argentine comme pionnière, par la main de son président Carlos Menem.
Dans ce cadre, les soi-disantes « gauches » latino-américaines nous renvoient à une première réflexion : le Pouvoir. Peut-il exister un gouvernement s’il n’y a pas le Pouvoir ? Peut-il exister des gauches si les maîtres du monde restent toujours les mêmes ? That is the question.

 

                                             
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De pulls, littératures, caipirinia et grillades


 

Qui sont donc ces leaders de la dite gauche latino-américaine ? Voilà quatre cas, les plus remarquables. 

 
Le plus significatif est celui d’Hugo Chávez Frías, président du Venezuela depuis 1998. Pour quelques-uns, il est démagogue populiste… laid et même… « communiste ». Pour d’autres, il est un quasi-dieu et aussi le Président qui appuie ses idées par des mots et par des actes. Cependant, lui défend bien plus que les uns et les autres, le riche pétrole Vénézuélien, ce qui rend d’autant plus furieux George W. quand il promet d’installer le « Socialisme du XX1 siècle », avec la devise « Patrie, Socialisme ou Mort » ; quand il a annoncé les nationalisations de CANTV, la plus grande entreprise téléphonique du pays et celle de l’entreprise d’Electricité de Caracas (EDC) et…. que bien d’autres entreprises suivent. Il parle et il agit. Si les prix montent, il est même prêt à réquisitionner les supermarchés et les entrepôts frigorifiques, et même les terrains qui ne seraient pas productifs. Pourra-t-il agir de la sorte 


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D’origine modeste, son dernier record pour des élections fut le 63% qu’il a obtenu lors du scrutin de décembre 2006. Bien qu’il ait toujours manifesté sa passion pour la littérature, particulièrement les contes et autres pièces de théâtre, Chávez a toujours suivi sa vocation politique et militaire. Il a traité Bush de « criminel de guerre » et il est resté fidèle à lui-même, s’opposant toujours au néo-libéralisme. En cela est-ce la gauche ou bien un « nationalisme » (mais non pas nazisme) ? Voilà un cas d’entre les cas que cet Hugo Chávez là. Passons au suivant……

 

Evo Morales, d’origine aymará, est le Président indigène de la Bolivie depuis janvier 2006. Il a décrété la nationalisation des hydrocarbures et a, entre autres détails, confisqué biens et propriétés de Petrobras et Repsol. « Le pillage de nos ressources naturelles de la part des entreprises étrangères : c’est fini », a-t-il déclaré, sans veste ni cravate.

 

En pull aux réunions protocolaires et/ou de cabinet, il revalorise les identités culturelles, fidèle aux principes du MAS (Movimiento al socialismo) qu’il a fondé et dont ont surgit de nombreuses organisations sociales tournées vers le haut. C’est pour cela que dans le pays le plus pauvre d’Amérique Latine, quarante autres nations indigènes se sentent appartenir à ce gouvernement. Et oui ! Mais… Evo est-il de gauche ou est-il la voix de l’Amérique indienne qui clame sa revendication d’en être ? … au suivant… 

 
Egalement d’origine modeste, Luis Inácio Lula da Silva est lui Président du Brésil depuis le 1er janvier 2003 et jusque là, il s’était toujours engagé auprès des exclus. Les 61% des suffrages en sa faveur ont fait chanter et danser dans les rues où les Brésiliens ont vu cette semaine là beaucoup de levers de soleil sans jamais avoir dormi. L’un des leurs – depuis un précaire berceau – était arrivé à la présidence !

 

Pourtant, alors même qu’on fêtait toujours la victoire, le « communiste » Lula, au rythme de la caipirinia, désigna-t-il Monsieur Henrique Meirelles – homme de droite, aimé des grands capitaux – président de la Banque Centrale du Brésil (« Banco Central do Brasil »). Lula dit qu’il est devenu pragmatique : sa politique financière est néolibérale, de même que sa politique tributaire et fiscale ; et comme il file l’amour avec le FMI, il liquide par anticipation le payement de la dette. Alors……Lula, est-il de gauche ou est-il un autre ex-progressiste, obnubilé par le grand Pouvoir ? To be or not to be ?

Passons à un autre « cas » de la prétendue gauche latino-américaine…

Celui de Néstor Kirchner, président de l’Argentine depuis mai 2003, qui sait si bien jouer autant avec Dieu qu’avec le Diable. À travers son discours, il veut gagner le secteur progressiste, mais, de même que Lula, il règle d’avance le payement de la dette extérieure – illégitime – de son pays car « l’établissement financier » américain lui fait confiance, en voilà même en cela sa meilleure définition. Alors que le chômage et le niveau de vie – de vie ? – s’opposent aux statistiques données par le gouvernement quand opulence et misère cohabitent dans le pays du sud.

« Argentine, un hectare pour un hamburger….. », fut le titre d’un article de Jorge Marirrogriga dans le journal « El País » (« Le Pays ») de Madrid, le 5 février 2007. Et oui ! Ce redécoupage de la patrie de Borges, Gardel et Maradona, touche les 300.000 kilomètres carrés de terrains publics et privés dont les grands acquéreurs sont des sociétés fantômes aux sièges dans des paradis fiscaux.
En fait, le plus grand propriétaire du pays est « Benetton », qui a presque 10.000 kilomètres carrés de la superficie argentine dans ses poches. Et cela n’est pas le seul cas.

Les plus de 36 millions d’hectares de la « Puna de Atacama », riches en peintures rupestres et pétroglyphes de ses premiers habitants, sont en vente sur Internet, à travers la société immobilière « Serrano ».
Et si l’on se hâte pour approuver la loi qui crée le « Jour National des Grillades » (sic), il n’y a, par contre, aucun empressement ou précipitation qui règle cette situation et les projets législatifs à ce sujet dorment dans les cartons. Est-ce cela la gauche ?

                                                                                                                       
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      « Paquito el chocolatero » ou la voix des peuples ?


Je crois, tout comme la chercheuse et journaliste Estella Calloni alertant l’Agence d’Intelligence du Brésil » sur la présence de militaires américains en Amazonie (déforestée), que c’est une menace « d’invasion silencieuse » sur le cône sud qui est en marche. Et qu’est alors venue pour l’Amérique Latine « un projet d’occupation qui attaquera ses flancs économiques, politiques et militaires ».
 
Ainsi vont les choses, ces prétendues « gauches » d’Amérique Latine, peuvent-elles se moquer de ces vieux pactes et des préceptes de l’ordre économique international ? Pourront-ils, l’homme sans veste ni cravate ainsi que le paradigmatique Chávez, être plus forts que les rasades de whisky de Thatcher et les siestes de Reagan ?
That is the question.

 


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