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Vient de paraitre: « À la dérive »- Les naufragés du paquebot Monde

Publié le par Cristina Castello

Vient de paraitre:  « À la dérive »- Les naufragés du paquebot Monde

Vient de paraitre:
« À la dérive »
Collectif de poètes


Les naufragés du paquebot Monde
Recueil, choix et coordination Nicole Barriere

À la dérive, c’est le témoignage d’un collectif de poètes
car il ne se passe pas un jour sans le récit de naufragés
d’exilés aux portes de l’Europe.
À la dérive, ce sont les voix de poésie pour témoigner l’inhumain
du monde contemporain
*Il y a plusieurs poètes, dont, Nicole, dont, moi, dont
Martine Cros, la voici:


Fragments d'exil , nous

Je vois les oiseaux ;

ils s'apprêtent

à partir loin / mais / je ne suis pas oiseau

seule

une aile à son voyage

J'ai su le bannissement

du Caravage

son doute fut l'épure / nous sommes peints

de sa passion

J'apprends ton évangile

toi

l'audacieux décentrement / l'autre de tous mes je

tu te noies et seule je ne peux rien faire

mort inexpliquée de la lumière / fusillée l'onde

# avant de mourir tu

demandes à la mer : le Christ

a-t-il vraiment vécu

depuis le début de l'année

tu es cent mille

Ton corps bouteille

à la mer

jetée par-dessus bord

de nos lèvres clouées

à notre propre fuite

Pas assez, c'est tout

ce que nous savons faire

sous les néons blafards

de la modernité

cet été deux mille fois

tu es mort tu es morte

A Lampedusa l'automne

crie trois cent fois ton nom

en un seul naufrage

ton nom qu'il ne connait pas

sous chattertons hurlants / le dernier repas du Christ dans la bouche du vent

## avant de mourir tu

demandes des ailes à nos yeux

pour naître nouveau

la parole de Mathieu / ici, là / quelques Portes

de paradis

si nous avions appris plus tôt

à les ouvrir / ces Êtres qui semblent des portiques

dit-nous

"Car j'avais faim, et vous m'avez donné à manger "

voici l'amour brûlant de ceux qui ne se tairont pas

dit-nous

"j'avais soif, et vous m'avez donné à boire "

voici les ponts de mots les cathédrales de soupirs

qui doivent s'élever à la bouche des ordres

dit-nous encor

"j'étais un étranger, et vous m'avez accueilli "

écoutez bien le vent

qui étale leurs cris

le vent gris

le vent qui charrie

le cri du vent charrie

vos cadavres

dardés de dents

de poissons goulus

vos saisons

piquetées d'os fourbus

déchus de leur chair

De ton regard l'éreintement m'atteint

quelque chose me dépasse

je nage

à contre courant

de ta vague si mystère

si moi-même à la fois

Mathieu

dit-nous encor

"j'étais nu, et vous m'avez habillé,

j'étais malade, et vous m'avez visité,

j'étais prisonnier, et vous êtes venus juqu'à moi."

je garde toute voile blanche

de ceux qui accostent

en laquelle je taille l'étoffe

où je vous serre contre le destin

je garde les onguents de camphre / les clefs des centres de rétention

"Tu enseveliras les morts"

dit-nous

sans quoi nous sombrerons dans l'oubli

nous sombrerons dans l'exil aux yeux morts

sans plus de larmes pour pleurer

ces embarcations si frêles

qui échouent

au pied de notre canapé où

nous faisons l'amour

S'appeler Noé aujourd'hui

Notre-Dame sonne sept heure pleure

avec les esprits sans foi

### avant de mourir tu

demandes

si les Oeuvres de Miséricorde

n'auraient pas fait naufrage avant toi

sept milliards d'exilés

des utérus de nos mères

de nos yeux de faussaires

de l'amour quand celui qui aime

n'est aimé en retour

des siècles à venir

des mots sans funérailles

des marches animales

des aubes endormies

du chant de Monteverdi

de Sylvia la poésie

du violoncelle qui chatoie

entre les cuisses

blanches et nues

de Sonia

de l'exil lui-même

prenant conscience que

Sonia n'est pas là où il croit

des chevilles des rêveurs

des geôles et

des ancres immuables

de l'Opéra fabuleux

de la nuit en demande d'étoiles

de Mare Nostrum rafistolant l'ego

des jambes ballantes des anges

assis sur la stratosphère

les anges reniflant ballants

de ne pouvoir rien faire

des ouragans prioritaires

sur l'Evangile

#### avant de mourir tu

m'a dit sans le dire que

tu vis en moi

Martine Cros,

août / septembre 2014

Oeuvre : Hans Hartung

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Commenter cet article

Martine 16/05/2015 03:37

Merci Bella, et que vive la Poésie!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Cristina Castello 16/05/2015 04:55

Ton poème, Martine, c'est vraiment sublime !
Vive la Poésie !